Simeon Goldstein, rédacteur en chef, Avantages

Sans grande surprise, la décision de la patronne de Yahoo !, Marissa Mayer, d’interdire le télétravail a fait les manchettes du monde entier.

Qu’il s’agisse d’une société de l’internet rend la décision peut-être encore plus inattendue. Les critiques ne se sont pas fait attendre. Entre autres, le flamboyant entrepreneur britannique Sir Richard Branson a qualifié le changement de politique de rétrograde, en affirmant que les technologies modernes permettaient de travailler de n’importe où.

Nonobstant, la décision de Mme Mayer s’inscrit dans une optique de secouer l’organisation, afin de mieux faire face aux défis d’un secteur très concurrentiel. L’argument selon lequel le télétravail pourrait nuire à l’unité de l’entreprise n’est pas sans fondement. Les distractions à la maison peuvent être plus grandes qu’elles ne le sont au bureau. Mais personne n’aime perdre des privilèges déjà acquis. Et surtout, la nouvelle politique pourrait laisser croire aux employés que la patronne n’a pas confiance en eux.

Certes, le télétravail gagne de plus en plus d’adeptes. Selon Aon Hewitt, le pourcentage d’entreprises qui le permettent est passé de 35 % à 45 % au cours des dernières années. La grande majorité des cadres supérieurs ont un téléphone intelligent pour consulter leurs courriels. Mais qu’en est-il pour les autres employés ? Il est certain que de permettre de « travailler de la maison » implique un certain degré de confiance que ces derniers géreront leur temps de façon appropriée.

D’ailleurs, c’est souvent le plus grand changement lorsque l’on songe à permettre le télétravail.Fini le 9 à 5, remplacé par un horaire choisi par l’employé. Le résultat prime sur le processus de travail et la rémunération devrait éventuellement être adaptée en conséquence. Pour certaines compagnies, accepter le manque de contrôle sur le nombre d’heures que l’employé passe « en poste » serait peut-être un pas de trop.

De plus, ce ne sont pas tous les emplois qui se prêtent bien au télétravail : pensons notamment à la production manufacturière ou encore à l’agriculture. Il est effectivement mieux adapté pour les conseillers, vendeurs et autres fournisseurs d’information, soit ceux qui ont déjà l’habitude de passer une bonne partie de leur journée de travail en dehors du bureau.

Ceci étant dit, de nombreuses entreprises pourraient tirer profit du télétravail. Un grand avantage du télétravail serait la motivation des employés. Rappelons que la « flexibilité » est le mot du jour, quant à la conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Permettre aux employés de déterminer leur propre horaire s’avère d’une grande valeur ajoutée, tant pour les employés avec de jeunes enfants que pour les jeunes travailleurs.

En effet, la vision du travail de ces derniers n’est pas celle de leurs grands-parents; ils risquent d’être plus attirés par un horaire plus souple. Faire preuve d’ouverture à l’égard de la présence au bureau est aussi une preuve de confiance à l’égard du travailleur. L’employé qui a le sentiment que son supérieur lui fait confiance est aussi plus susceptible de rester fidèle.

Bien sûr, il y a des coûts : par exemple, certaines sociétés auront besoin d’établir une base de données sécuritaire et accessible de l’extérieur. Mais il serait étonnant que les avancées technologiques ne le rendent pas de plus en plus facile et, espérons-le, moins dispendieux dans les années à venir. L’important est d’établir une stratégie pour le télétravail qui tient compte de sa contribution au fonctionnement de l’entreprise et de sa compatibilité avec la culture d’affaires.

Il est possible d’encadrer l’emploi à distance, par exemple en imposant la communication régulière avec le bureau. Mais une telle démarche va un peu à l’encontre de l’esprit du télétravail. Comme en témoigne le cas de Yahoo !, il convient d’y réfléchir à l’avance plutôt que d’être contraint à retirer un privilège.

La technologie mobile facilite déjà la conciliation travail-vie privée. Le télétravail représente un moyen puissant, mais implique une évolution importante sur le plan des relations entre sociétés et employés. Pour savoir si vous êtes prêt à faire le saut, posez-vous la question suivante : jusqu’où faites-vous confiance à vos employés ?