Il est toujours difficile de réduire les droits acquis. Lorsqu’il s’agit de la rémunération des employés, la conversation s’avère encore plus compliquée. Mais, pressions financières obligent, les promoteurs de régimes de retraite au pays doivent en revoir la conception. Dans certains cas, cela passe par une modification des cotisations et des prestations. Pour faire passer le message, les promoteurs misent sur des stratégies de communication efficaces.
Selon le sondage 2012 sur les Tendances en matière de retraite au Canada mené par Aon Hewitt, une grande majorité (83 %) des régimes au pays compte revoir les communications avec leurs participants dans les mois qui viennent. Claude Lockhead, associé exécutif et chef de la pratique retraite à Aon Hewitt, constate qu’au cours de la dernière année, les promoteurs de régimes se sont préoccupés principalement des coûts et de la mise en place de mesures pour y arriver. « Quand on parle de réduction de coûts, on peut soit demander aux employés de cotiser davantage soit réduire la générosité de certaines prestations, dit-il. On veut conserver la structure du régime, mais il faut que cela soit abordable. Il faut expliquer que faire des changements est dans l’intérêt de tout le monde, afin d’assurer la pérennité du régime. » Par exemple, ces changements pourraient se concrétiser par une modification de la base salariale sur laquelle la rente est calculée ou encore par des réductions quant à l’indexation du régime.
Dave Ablett, directeur, planification financière avancée à Groupe Investors, ajoute que certains régimes examinent l’âge auquel le participant a le droit de recevoir une pension non réduite. « Dans certains cas, les personnes sont admissibles à recevoir une pension réduite dès l’âge de 55 ans, mais je pense qu’on va voir de plus en plus de régimes fixer un âge plus élevé, par exemple à 60 ans, explique-t-il. Cela peut avoir pour résultat de rendre le régime moins attrayant pour les participants, mais permet un contrôle plus efficace des coûts pour l’employeur. »
Tendance CD ?
Les efforts des caisses de retraite québécoises au cours de la dernière année semblent avoir porté fruit. On constate, par exemple, que les actifs gérés par les 30 plus importants régimes de la Belle Province ont augmenté de 9 % en 2012, pour se chiffrer à 186,9 milliards de dollars (voir le tableau à la page 15). Il y a néanmoins eu très peu de changements quant aux régimes présents dans le tableau par rapport à l’année dernière. Le régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics du Québec (RREGOP) demeure, sans surprise, le plus important régime. C’est d’ailleurs celui qui a affiché la plus grande croissance en dollars, soit de 3,2 milliards. Quant à la croissance en pourcentage, Intact Gestion de placements mène le peloton avec une croissance de 63 %, en partie grâce à l’acquisition du fonds de pension d’Axa.
Il y a clairement des différences entre des régimes des secteurs public et privé, quant à la possibilité d’effectuer des changements. Michel St-Germain, membre du partenariat chez Mercer, constate qu’au privé, la tendance vers les régimes à cotisation déterminée (CD) a ralenti au cours de la dernière année, compte tenu que beaucoup de ceux qui y songent ont déjà fait le saut. Au public, et dans les entreprises syndiquées, les négociations peuvent s’avérer plus compliquées. « Au Canada, la transition vers les régimes CD s’est faite de façon douce, dit-il. Il y a aussi des promoteurs pour lesquels le régime à prestations déterminées demeure une bonne stratégie pour attirer et protéger les employés. C’est particulièrement le cas pour les personnes en milieu de carrière, donc les professionnels à un âge assez élevé. »
Le besoin de réduire des risques demeure un enjeu commun pour le financement des régimes. Au privé, même si les promoteurs aimeraient dérisquer, ils craignent souvent qu’il ne s’agisse pas du moment approprié de vendre des actions afin d’acheter des obligations. La maturité des régimes publics, quant à eux, renforce l’attrait des placements alternatifs. Par contre, la mise en place de ceux-ci peut impliquer de grands efforts de la part du promoteur.
En mode attente
Le secteur est, en quelque sorte, en mode « attente ». Tout le monde attend une hausse des taux d’intérêt et l’amélioration des marchés boursiers. On voudrait aussi connaître les décisions et les actions que prendra le gouvernement du Québec à la lumière des recommandations du rapport du comité D’Amours, publié en avril dernier. « Les promoteurs subissent beaucoup de pression à court terme, ce qui les incite à prendre des mesures pour ramener les coûts à un niveau abordable. C’est donc correct qu’ils s’y attaquent tout de suite, affirme M. Lockhead. Mais cela ne règle pas la question de la pérennité du régime. Il ne s’agit pas là de se concentrer uniquement sur le coût, et de le ramener à un niveau abordable. Il faut aussi se donner des outils de gestion de risque pour que le coût y demeure. » En attendant, la situation des régimes semble être devenue plus favorable. « La solvabilité des régimes s’est beaucoup améliorée depuis le début de l’année et, si cette tendance se poursuit, on va arrêter d’être très préoccupé par le déficit du régime, ajoute M. St-Germain. À un moment donné, il n’y en aura plus, ce qui fera réfléchir beaucoup les gens. » Il constate qu’il y a un grand intérêt pour les régimes à prestations cibles, mais que le nombre de promoteurs qui vont réellement les mettre en œuvre est incertain.
Même en déployant de grands efforts pour maintenir les régimes PD, il semble également peu probable que la transition vers les régimes CD soit renversée. Il sera donc primordial de continuer d’investir dans les communications avec les participants et d’utiliser des stratégies différentes. « S’il n’y a plus d’argent à investir dans un régime, tout le monde se verra réduire ses prestations, dit M. Ablett. Les participants ne vont pas aimer recevoir des prestations inférieures, mais espérons qu’ils comprennent bien les raisons derrière la réduction. Il faut les présenter clairement, surtout quant il s’agit de modifications fondamentales. »