Marquée par un retour de la confiance dans les marchés boursiers, l’année 2013 a été porteuse de bons rendements pour la majorité des caisses de retraite canadiennes. On en connaît les résultats : la situation financière de beaucoup de régimes s’est redressée, après une période difficile depuis la crise économique de 2008. L’année dernière s’est également avérée être une année positive pour les gestionnaires de portefeuille. Les actifs de caisses de retraite gérés par les 40 plus importants gestionnaires au pays ont augmenté de 12 % pour se chiffrer à 661,5 milliards de dollars en date du 31 décembre 2013, selon les résultats du plus récent sondage du Canadian Institutional Investment Network. Les déboires des dernières années ont inspiré des stratégies de placement, lesquelles ont amené les caisses de retraite à s’exposer à différentes catégories de titres à revenu fixe, ou encore aux produits alternatifs, comme l’immobilier. Les titres à rendement élevé ont, entre autres, représenté des placements intéressants en 2013, tout comme certaines catégories obligataires étrangères. Mais le marché des actions demeure un élément clé du portefeuille et une source importante de rendements.

« On a constaté de l’activité dans toutes les catégories d’actions, allant des titres canadiens à hauts dividendes jusqu’aux actions mondiales à petite capitalisation, affirme Julie Caron, vice-présidente, Placements institutionnels chez Gestion institutionnelle Franklin Templeton. C’était plus difficile dans les marchés émergents, mais il y a eu des gestionnaires qui se sont démarqués après avoir été suffisamment patients pour profiter du rebond en Europe et du niveau de croissance en zone euro. La surpondération en Europe a coûté cher depuis quelques années, mais la patience est une vertu importante dans le domaine des placements. »

Alors que le marché canadien demeure très concentré, la tendance de délaisser des actions canadiennes pour se tourner vers d’autres catégories se maintient. Les caisses de retraite ont d’ailleurs bénéficié du niveau du dollar canadien par rapport aux autres devises. « Les investisseurs sont prêts à assumer le risque de taux de change pour tirer profit de la diversification additionnelle offerte par les actions mondiales, constate Mme Caron. On ne voit pas de caisse qui augmente sa répartition en actions canadiennes, mais celles-ci occupent toujours une place importante au sein du portefeuille. »

Emmanuel Matte, premier vice-président, Solutions de placement à Investissements Standard Life, constate un certain appétit, de la part des régimes de retraite, pour des portefeuilles avec moins de contraintes, lesquels, par exemple, ne seraient pas nécessairement liés à la capitalisation boursière des entreprises ou restreints à l’univers des titres d’un indice. « Certaines des plus grandes caisses cherchent une diversification plus raffinée, dit-il. On essaie donc d’orienter le mandat pour s’éloigner un peu du portefeuille de référence. La gestion du risque est mieux faite par une diversification par thèmes de placement que par une diversification sectorielle ou régionale. »

Tout comme la diversification, d’autres méthodes populaires des dernières années demeurent intéressantes pour les caisses de retraite, d’autant plus que les investisseurs visent à protéger les gains de 2013. On pourrait mentionner, par exemple, l’investissement guidé par le passif, les placements alternatifs ou les différentes stratégies en matière de titres à revenu fixe. « Une des erreurs à ne pas commettre est d’être trop présent en revenu fixe canadien, note Julie Caron. On est allé chercher la diversification en actions ; ce serait donc erroné de rester trop conservateur quant aux obligations. Tout le monde s’entend pour dire que les taux d’intérêt sont bas. On devrait alors adopter des stratégies qui ne dépendent pas trop des taux et on peut, par exemple, privilégier les obligations mondiales et de pays émergents, ainsi que des titres corporatifs. »

Quant au portefeuille d’actions, il faut éviter de croire que le passé est garant du futur, affirme Emmanuel Matte. « Ce n’est pas parce que la caisse va mieux maintenant qu’il ne faut plus dérisquer, dit-il. C’est toujours pertinent de chercher à atténuer les risques et de diversifier les sources de rendement. » Malheureusement, ajoute-t-il, les investisseurs ont souvent une vision à court terme et peuvent oublier les risques liés aux cycles des marchés de valeurs. « La bonne stratégie demeure d’être prudent, dit M. Matte. Pour protéger les gains récents des actions, il convient peut-être de réduire légèrement la répartition en actions, tout en faisant preuve de prudence quant aux attentes de rendement, et de penser aux catégories alternatives qui offrent d’autres sources de rendement, notamment les produits à rendement absolu. On voit aussi de plus en plus de caisses aller vers des placements “opportunistes”, qui sortent des portefeuilles de référence, et donner un peu plus de marge de manœuvre aux gestionnaires pour mieux profiter des occasions qui se présentent. »

Grâce à l’amélioration des marchés boursiers, l’année 2013 s’est avérée positive pour les caisses de retraite canadiennes. Nombreuses sont celles dont le niveau de capitalisation s’est grandement amélioré; certaines sont presque pleinement capitalisées. Il importe désormais de protéger les gains. Le maintien de stratégies de placement efficaces serait peut-être l’une des preuves qu’on a tiré les bonnes leçons des années de vaches maigres.

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