Le ministre du Logement et de l’Infrastructure, Gregor Robertson, tente de convaincre les promoteurs privés, les grandes banques et les caisses de retraite à s’impliquer dans les projets de logements abordables du gouvernement fédéral.
M. Robertson reconnaît que le logement est depuis longtemps un sujet sensible pour les ménages qui ont du mal à joindre les deux bouts.
Dans un entretien accordé à La Presse Canadienne, il dit que le gouvernement fédéral souhaite concentrer ses efforts pour offrir des logements abordables aux Canadiens les plus vulnérables d’un point de vue économique.
« Je suis très déterminé à fournir des logements abordables, car c’est un élément essentiel pour améliorer l’accessibilité au logement au Canada », soutient M. Robertson.
L’agence Maisons Canada a été lancée en septembre avec une capitalisation initiale de 13 milliards $. Elle a été mandatée pour donner un essor au logement abordable ou « hors marché ». Elle devra porter une grande partie du fardeau de la promesse libérale de doubler le rythme de la construction de logements.
Le terme « hors marché » désigne les projets qui bénéficient généralement du soutien du gouvernement ou d’autres sources, ce qui permet de louer les logements à des prix inférieurs à ceux du marché.
Bien que la plupart des Canadiens ne vivent pas dans des logements hors marché, M. Robertson croit que les projets mixtes comportant des logements abordables et d’autres proposés à des loyers conformes au marché peuvent contribuer à stimuler l’activité sur toute la gamme des prix.
Le gouvernement fédéral tente depuis des années de stimuler la construction de logements au Canada, notamment en offrant un financement direct aux municipalités pour modifier le zonage et réduire les autres obstacles à la construction.
La Société canadienne d’hypothèques et de logement a indiqué que les mises en chantier avaient augmenté de 5,6 % dans tout le pays en 2025, malgré des résultats contrastés dans l’ensemble du pays. Si le Québec et l’Alberta ont constaté une forte progression des chantiers en 2025, l’Ontario et la Colombie-Britannique ont subi un déclin dans ce domaine.
Monsieur Robertson affirme que l’agence Maisons Canada peut rendre les projets de logements abordables plus attrayants pour les constructeurs. Elle peut les convaincre d’en construire davantage lorsqu’il y a un creux dans le marché immobilier.
Il souhaite également que les grandes banques canadiennes et les régimes de retraite investissent des capitaux dans les projets de logements abordables.
« J’espère que nous pourrons attirer des capitaux en réduisant considérablement le risque lié aux projets de logements abordables, souligne le ministre. Le gouvernement fédéral, en partenariat avec d’autres ordres de gouvernement et des investisseurs, peut réduire le risque lié aux logements abordables et en faire un investissement stable à long terme pour les capitaux canadiens. »
Il reconnaît aussi que, pour atteindre les objectifs ambitieux des libéraux en matière de construction de logements, la majeure partie des travaux devra être menée par le secteur privé.
Le rythme de la construction dans le secteur privé est dicté par les conditions du marché — taux d’intérêt, prix des matériaux, demande des acheteurs — qui échappent largement au contrôle du gouvernement.
Mais M. Robertson indique que le gouvernement cherchera à lisser les fluctuations du marché « en concentrant » ses investissements, ceux des provinces et d’autres partenaires dans le logement abordable.
Selon lui, l’argument est que lorsque les promoteurs ne voient pas l’intérêt commercial d’un nouveau projet sur le marché, Maisons Canada peut intervenir pour rendre une proposition de logement abordable plus attrayante.
Mike Moffat, un expert sur la question du logement, dit que s’appuyer sur les promoteurs privés pour la construction de logements abordables peut être une bonne idée en théorie, mais il ignore comment le gouvernement fédéral pourrait convaincre les grandes institutions financières d’investir dans la partie non lucrative du marché immobilier.
Selon lui, le défi réside dans le calendrier. Si le gouvernement ne parvient pas à agir assez rapidement pour faire approuver les nouveaux logements et lancer la construction, les projets pourraient ne démarrer que lorsque le marché redeviendra dynamique, manquant ainsi l’occasion de stimuler l’offre de logements abordables au Canada.
Intensifier les efforts sur le volet non commercial pendant une accalmie dans la construction peut également être politiquement risqué si la production chute lorsque les constructeurs sont à nouveau très occupés, fait valoir M. Moffatt.
« Les gens feront la comparaison en disant qu’il y a trois ans, on construisait 10 000 logements, et aujourd’hui, on n’en construit plus que 2 000. Ils vont se demander ce qui s’est passé. En théorie, je pense que cela a beaucoup de sens. Le défi réside à la fois dans la mise en œuvre et dans certains aspects politiques. »
M. Moffatt ne sait pas exactement quels allégements fiscaux ou autres mécanismes le gouvernement fédéral pourrait utiliser pour convaincre les grandes institutions financières d’investir dans le logement abordable.
Par leur nature, les logements abordables ou sociaux ont tendance à être à but non lucratif, fait-il remarquer. Mais les fonds de pension et les banques ont le devoir envers leurs bénéficiaires et leurs actionnaires de maximiser leurs profits.
« Fournir des logements à très bas prix aux familles à faible revenu est une excellente chose, mais cela ne génère pas beaucoup de profits. C’est l’ingrédient qui manque ici. Je ne vois pas très bien comment le gouvernement va s’y prendre pour y parvenir. »