Simeon Goldstein, rédacteur en chef, Avantages

Une des habitudes que j’ai adoptées depuis mon arrivée à Avantages est de taper dans mon moteur de recherche préféré certains mots clés. L’objectif est de voir comment on discute du domaine selon différentes sources. Force est de constater que certains résultats sont plus pertinents que d’autres : c’est le cas du régime volontaire d’épargne-retraite qu’on aborde dans cette édition du magazine (voir page 19). Par contre, il y a une quantité impressionnante d’articles qui traitent de personnalités sportives qui vont arrêter de jouer et donc, prendre leur retraite bien plus tôt que l’âge escompté. Et, ils ne sont pas les seuls.

Un résultat de recherche qui a particulièrement retenu mon attention apparaissait dans un article du quotidien britannique The Independent. On y raconte l’histoire de l’un de mes compatriotes qui, à l’âge de 33 ans, a décidé de quitter son emploi à temps plein pour prendre sa « retraite » et partir dans le Sud de la France. Il ne s’agit ni d’un ancien sportif qui a amassé une fortune au cours d’une courte carrière, ni d’un gagnant de la loterie. C’est un journaliste qui a décidé qu’il ne voulait pas passer la plus belle partie de sa vie assis derrière un bureau. Aujourd’hui, il affirme vivre des revenus de la location de son appartement londonien. Un jour, peut-être lorsqu’il aura 50 ans, il retournera sur le marché du travail.

L’année sabbatique n’est certes pas un nouveau concept, mais les pauses carrière semblent gagner en popularité. Les travailleurs plus jeunes – on parle bien sûr des fameuses générations X, Y et Z – sont beaucoup mois attachés à leur emploi que ne l’étaient leurs parents et grands-parents. Le travail prend une place moins importante dans leurs vies. Et comble de malheur, on leur demandera vraisemblablement de travailler plus longtemps.

Étant donné que l’espérance de vie s’allonge, il est tout à fait correct de se pencher sur le besoin de reporter l’âge « normal » de la retraite. (Une des grandes failles du rapport du comité D’Amours était pour certains qu’il ne propose pas clairement une hausse de l’âge de la retraite.) Mais il est aussi compréhensible que l’employé se demande ce qu’il reçoit en retour. C’est un contexte dans lequel l’occasion de prendre du temps pour voyager, ou pour réaliser un autre rêve, serait sans doute attrayante. Les entreprises ont donc peut-être intérêt à offrir à leurs employés la possibilité de s’absenter pendant une période prolongée.

On pourrait proposer, par exemple, qu’après un certain nombre d’années de service continu, l’employé puisse prendre une année sabbatique. Il ne serait pas nécessairement question de le payer pendant son absence – bien qu’une certaine rémunération pourrait être considérée. Il serait également envisageable de suspendre sa couverture médicale et autres avantages sociaux pendant cette période. Par contre, son poste l’attendrait à son retour, un critère qui n’est pas dénué d’intérêt pour beaucoup de personnes qui souhaitent faire le tour du monde.

Même si la possibilité d’une année sabbatique était un élément peu important pour l’avenir de l’employé au moment de l’embauche, elle serait sûrement intéressante sur le plan de la rétention du personnel à long terme. Cette stratégie entraînerait certains coûts relatifs à l’embauche de la personne qui remplace l’employé. Mais, à mon avis, ceux-ci seraient sensiblement comparables à la couverture d’un congé de maternité.

Ce ne sont pas tous les employés qui voudront (ou pourront) profiter de la possibilité de prendre un long congé. Certains milieux professionnels offrent déjà des congés sabbatiques, mais c’est peut-être une stratégie qui s’applique difficilement dans d’autres cas. Par contre, elle pourrait être une option intéressante pour souligner la fidélité des employés. On sait que même les meilleurs employés peuvent avoir envie de prendre une pause carrière pendant un certain temps. Il serait donc bien d’avoir des mesures en place, afin qu’ils ne soient pas obligés de démissionner pour le faire.

Pour finir, je vous souhaite un très bel été. Nous vous retrouverons au prochain numéro, en septembre.