La situation économique est sans aucun doute source de grands soucis pour les régimes de retraite du Québec. On pourrait de nouveau citer les faibles taux d’intérêt ou encore les bas rendements des placements, qui s’ajoutent à la complication qu’est le départ massif des baby-boomers du marché de travail. Qu’en est-il pour les personnes appelées à gérer ce problème ?
En effet, les pressions actuelles sur les régimes de retraite peuvent également amener de grandes pressions sur les membres qui siègent au comité de retraite. « Cela peut être un grand défi de résister à ces pressions-là, constate Daniel Coulombe, professeur titulaire à l’École de comptabilité de l’Université Laval et coordonnateur de la formation Gouvernance des régimes de retraite du Collège des administrateurs de sociétés. Et cela pourrait pousser à prendre certaines décisions qui ne sont pas nécessairement les meilleures pour la bonne gestion du régime. »
Mais où trouver les bonnes personnes pour assurer la gestion nécessaire. Il est tout à fait normal de former son comité de retraite d’employés, de représentants de l’employeur ou de membres du syndicat, le cas échéant. « C’est très légitime et crédible que ces personnes siègent au comité, car il s’agit de leur argent, déclare Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP). Il faut avoir des gens qui vont défendre l’intérêt des travailleurs et de l’employeur. »

Par contre, souligne M. Coulombe, un gros défi pour ces personnes consiste à « savoir mettre le bon chapeau au bon endroit, afin de comprendre les limites du rôle d’administrateur. » À titre de membre du comité, les actions sont appelées à servir le bien-être du régime et non l’intérêt d’une des parties prenantes. « Il peut être utile de voir l’évolution du régime de l’intérieur, afin de pouvoir négocier plus facilement à l’extérieur, dit-il. Mais, la dynamique n’est pas toujours facile et il convient de se rappeler de temps en temps de ses rôles et responsabilités, afin de ne pas se tromper de chapeau au moment de prendre des décisions. »

Une autre question se pose quant aux connaissances nécessaires pour siéger au comité. Compte tenu du domaine d’activité de l’organisation, il est certes difficile de s’attendre à ce que tous les membres soient des experts financiers. Il y aurait peut-être une certaine logique à croire que les personnes susceptibles de vouloir siéger au comité s’intéressent déjà au monde des placements et des finances. Mais ce ne sera pas le cas de tous les employés. « Pour être membre du comité de retraite, il s’agit d’avoir des connaissances minimales, affirme Jacqueline Beaulieu, conseillère en régimes de retraite à la Régie des rentes du Québec (RRQ). Au-delà du minimum, il faut savoir se former et s’entourer des personnes appropriées. »

Se former et s’entourer

Pour la Régie, les connaissances minimales couvrent les éléments légaux, administratifs et financiers. Elles devraient permettre aux membres du comité de participer aux débats. « On ne demanderait pas d’être un expert en placements », ajoute Mme Beaulieu. En matière de formation, de nombreuses options sont offertes aux Québécois par différentes organisations. Il relève du comité de décider lesquelles pourraient convenir, toujours en fonction de la taille du régime et de l’organisation, ainsi que du nombre de personnes dont est composé le comité.

« Le comité de retraite devrait évaluer la formation nécessaire pour ses membres et prévoir un budget en conséquence », affirme Mme Beaulieu.

M. Nadeau pousse plus loin la notion selon laquelle la formation des membres est primordiale, afin de permettre aux comités d’agir de façon indépendante par rapport aux conseils qu’ils pourraient recevoir. « Il faut que les comités se dotent de l’expertise nécessaire pour gérer des sommes considérables », explique-t-il. Il serait également intéressant de chercher des personnes sans liens personnels avec le régime.

« Il y a beaucoup de monde avec de bonnes intentions, mais il faut des gens qui peuvent apporter de l’expertise en plus des connaissances nécessaires des participants au régime, ajoute M. Nadeau. Aller chercher des gens de confiance – des comptables, des conseillers, des actuaires à la retraite – qui veilleront sur le régime et qui peuvent apporter de l’expertise dans toutes sortes de domaines. »

Même si l’expertise est essentielle, et que des connaissances minimales s’imposent, la volonté de s’impliquer est peut-être encore plus importante. M. Coulombe constate que des personnes moins expertes méritent certainement leur siège au comité. Il trace un parallèle avec les comités d’audit des conseils d’administration. « En se laissant trop aller avec les experts, on risque d’oublier pourquoi on est sur le comité, soit pour gérer le régime avec prudence et attention, affirme-t-il. En raison de leur connaissance moindre, ceux qui ne sont pas des experts posent souvent de bonnes questions, qui font réfléchir les autres membres. »

Une fois constitué, le comité peut évidemment faire appel à d’autres experts qui aideront dans la prise des décisions. Mais, la responsabilité ultime relève du comité. « Il ne faut pas prendre de décision émotive, ni trop hâtive. Il faut y réfléchir », affirme M. Nadeau. Par contre, des réunions interminables ne représentent pas la bonne voie à suivre. Il importe de trouver le bon équilibre. « Il ne faut pas que les réunions soient trop longues, ni si courtes qu’elles empêchent le comité de bien étudier le problème, conclut-il. Une décision sur une politique de placement ou sur un gestionnaire devrait néanmoins être prise dans un délai assez court. »

M. Coulombe reprend l’argument selon lequel il faut éviter de trop se laisser guider par les émotions. Il s’agit peut-être d’un constat plus pertinent dans un contexte où tous les investisseurs sont en attente d’une amélioration des marchés. « Il ne faut pas se laisser affecter par un boom quelconque, par exemple si la cote des actions commençait à monter, conclut-il. On ne peut pas investir pour une caisse de retraite comme s’il s’agissait de notre fonds personnel. »

Cela peut être en effet le dilemme de nombreux membres du comité, car il est souvent question de leur propre revenu de retraite. La bonne formation des membres – et la présence d’une expertise externe – devrait néanmoins permettre d’établir un cadre pour faciliter une meilleure prise de décisions.

Quelques liens utiles :

Régie des rentes du Québec – Administration de régimes

Institut de la gouvernance d’organisations privées et publiques

Collège des administrateurs de sociétés