Les investisseurs institutionnels ont entamé l’année 2013 dans l’anticipation d’une reprise graduelle de l’économie mondiale.
Bien que leurs attentes pourraient se concrétiser, la prudence continue d’être de mise, car les interventions réduites des banques centrales et les défis politiques auxquels sont confrontées plusieurs grandes économies pourraient entraîner des perturbations.
La situation financière de l’Europe est demeurée stable dans l’ensemble depuis que le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a indiqué l’été dernier être prêt à tout pour préserver l’euro. En effet, le calme qui règne sur les marchés est en grande partie attribuable à la rhétorique des banques centrales – possiblement une base précaire pour une reprise soutenue du marché d’un bout à l’autre de l’Europe. Mais l’idée d’une banque centrale disposée à fournir une protection contre une grande quantité d’obligations gouvernementales et à continuer d’injecter des liquidités dans le système bancaire est un concept que les marchés envisagent avec réticence à ce stade-ci.
Des améliorations « réelles » se sont néanmoins produites en Europe. D’importants déséquilibres extérieurs ont commencé à se corriger, éliminant ainsi la nécessité de financer un large déficit courant, et des réformes structurelles ont été entreprises. L’austérité budgétaire sera maintenue et constituera toujours un vent de face pour la reprise économique. Bien que les tensions politiques perdureront au fur et à mesure de l’introduction d’autres compressions et de hausses d’impôt, les ajustements contribueront à réduire les déficits budgétaires.
Les investisseurs ne devraient cependant pas tomber dans la complaisance. La croissance est nettement insuffisante dans la plupart des pays d’Europe. À l’exception, peut-être, de quelques pays nordiques et de l’Allemagne, les caractéristiques économiques fondamentales des pays européens se fragilisent. La situation est particulièrement grave en France, où la croissance est décevante et les finances publiques ont atteint leurs limites. Les Pays-Bas éprouvent également des difficultés à l’heure actuelle. Quant au Royaume-Uni, son marché est aussi soumis à des pressions. On constate, par exemple, que la faiblesse des finances publiques, les perspectives de croissance peu reluisantes et la hausse du déficit courant attirent de plus en plus l’attention.
Alors que la réforme structurelle se poursuit en Europe, les résultats prendront du temps à se concrétiser, d’autant plus que le niveau d’endettement total demeure considérable dans la région. En dépit des eaux plus calmes, il serait téméraire d’affirmer que la crise est terminée. Il importe donc de suivre attentivement les nouvelles décisions politiques sur le Vieux Continent. Il faudrait, entre autres, garder un œil sur le dénouement des récentes élections italiennes, le sauvetage financier de Chypre, ainsi que le résultat des élections fédérales allemandes à l’automne. Autant de facteurs susceptibles de changer le cours des événements.
En même temps, à l’autre bout de la planète, la Banque du Japon pourrait être la prochaine banque centrale à se lancer dans une politique monétaire visant un accroissement important de son bilan, afin de mettre fin à l’économie déflationniste. La phase d’affaiblissement du yen à court terme semble avoir fait son temps. Mais, d’autres dépréciations pourraient survenir à l’issue de la nomination de nouveaux membres d’importance au Conseil d’administration de la Banque du Japon, dont le directeur, qui sont attendues au mois d’avril.
Le maintien d’un yen moins vigoureux est, dans l’ensemble, une stratégie judicieuse pour l’économie japonaise. Toutefois, un autre affaiblissement rapide provoquerait sans doute l’intervention de plusieurs banques centrales d’Asie craignant qu’un yen plus concurrentiel ne nuise à leur propre reprise économique. Les investisseurs qui sont généralement optimistes quant aux devises asiatiques sont appelés à surveiller de près l’évolution de la politique à l’égard du yen cette année.
Ce point de vue du monde en 2013 incite à sous-pondérer plusieurs des principaux marchés d’obligations d’État et à adopter une stratégie tactique en matière de placement dans certains marchés d’obligations d’États à rendement élevé. Une intensification de la crise provoquerait un retour de la volatilité et un retour possible vers certaines des meilleures « valeurs refuges », à savoir des actifs comme les bunds allemands, les bons du Trésor américain et les obligations du gouvernement canadien. Cependant, de nombreuses raisons structurelles semblent indiquer que les obligations constituent une catégorie d’actifs bien soutenue à moyen terme. Dans un contexte de croissance accrue, des taux de rendement nominaux plus élevés pourraient aussi s’accompagner d’un seuil de rentabilité supérieur pour les titres liés à l’inflation.
Nick Eisinger est analyste en recherches mondiales sur les dettes souveraines à Fidelity Investments.