La situation difficile des régimes de retraite des employés de la fonction publique a fait couler beaucoup d’encre dernièrement. Simeon Goldstein a discuté de leur avenir avec trois intervenants des secteurs public et parapublic.

Lucie Martineau, présidente du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)

Tous les régimes sont confrontés au même problème, tant au public qu’au privé, constate Lucie Martineau. « Le grand défi est de s’assurer qu’on capitalise bien, qu’on ait assez d’argent pour payer tous les retraités et aussi les futurs retraités. Pour moi, il n’y a pas tant de différence entre les secteurs privé et public, qu’entre les types de régime de retraite », affirme-t-elle. Les régimes à prestations déterminées (PD) sont clairement prédominants dans le public. Or, même si ce genre de régime permet d’assurer des revenus à la retraite, ceux-ci s’avèrent souvent moins importants que certains le prétendent, poursuit Mme Martineau. « Les détracteurs des régimes des fonctionnaires disent que ce sont des retraites dorées, mais il n’y a rien de plus faux, explique-t-elle. La prestation moyenne du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) est de 17 000 $ par année. Ce n’est pas un régime en or, mais il s’agit d’une prestation qu’on est certain de recevoir. »

Lucie Martineau dit que le régime à cotisation déterminée (CD) n’est pas la solution aux problèmes des régimes de retraite, car « on ne sait qu’à la minute où l’on prend notre retraite quelle somme on va recevoir pour la financer ». Elle estime que la proposition du comité D’Amours de créer un régime PD pour tous est une piste de solution intéressante et que d’autres stratégies, dont une augmentation des contributions au Régime des rentes du Québec, pourraient être envisagées. Si des modifications doivent être apportées aux régimes actuels, les évaluations actuarielles et la négociation seraient les clés de la réussite. « S’il faut augmenter le taux de cotisation, il faut être capable de dire pourquoi on en a besoin, d’énumérer les facteurs à modifier pour que notre caisse soit viable, d’où l’importance de l’évaluation », dit Mme Martineau. Outre les cotisations, on pourrait modifier les bénéfices ou encore les possibilités de retraite anticipée. Il faut également se pencher sur l’équité entre employés. « Lors des négociations, il y a différentes manières de veiller à la viabilité du régime, notamment pour les employés qui sont déjà à la retraite, afin de s’assurer que toute la charge ne soit pas mise sur les cotisants actuels et que ceux-ci puissent aussi être en mesure de prendre leur retraite. »

Éric Forest, maire de Rimouski et président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ)

Pour Éric Forest, l’une des grandes différences entre le public et le privé est le rapport de force entre employeur et employés. « Dans le cas d’une entreprise privée, il est clair que le rapport de force avec les employés est de dire “Si on n’arrive pas à rendre le régime viable, on va simplement fermer l’entreprise ou déménager”. C’est impossible dans le public, dit-il. Je ne peux pas vendre les actifs de la Ville et transférer Rimouski au Mexique. » Le moyen de modifier ce rapport de force se trouve en effet au cœur des revendications de l’UMQ. « Nous ne demandons pas à Québec de nous donner de l’argent pour rembourser le déficit des régimes, dit M. Forest. Nous voulons des outils qui nous donnent des moyens de négocier de façon équitable des ententes qui vont assurer la pérennité des régimes. »

Même si plusieurs solutions ou scénarios se montraient envisageables, un des défis particuliers des municipalités réside dans le vaste nombre de régimes différents. « Il faut avoir un principe d’équité à l’interne de nos organisations et aussi à l’égard de ceux qui paient les cotisations patronales des régimes, et qui sont, pour la plupart, des citoyens qui n’ont eux-mêmes pas de régime, dit M. Forest. Ce ne sera pas la même recette pour tous, car la promesse est différente d’un régime à l’autre. Il faut donc trouver au plan local, nos propres ingrédients qui vont assurer la pérennité de nos régimes. »

Faudrait-il imposer un autre type de régime ? Malgré les discussions sur d’autres modèles, le maintien des régimes PD semble être le premier objectif. « Il est clair que le régime PD donne vraiment un avantage indéniable à nos retraités et je pense qu’il faut maintenir le cap, dit Éric Forest. Mais, il faut être capable de trouver des solutions qui permettront d’atteindre ce but. Une clé importante de la réussite est justement de convenir avec le gouvernement des objectifs précis à atteindre et de passer ensuite par la négociation. »

Un autre défi, commun avec le secteur privé, est celui de la relève générationnelle. Les primes pour une retraite anticipée pourraient, en effet, faire partie des discussions. « On constate qu’actuellement, on a poussé nos employés dehors, ce qui a une incidence majeure sur nos organisations, conclut M. Forest. Il est important d’encourager nos gens à travailler plus longtemps »

Mathieu Santerre, directeur général par intérim, Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP)

Du point de vue de l’association des retraités de l’État, le défi le plus pressant demeure le droit des ses membres à participer aux discussions sur l’avenir des régimes. « Le retraité, par définition, ne paie plus de cotisations et il y a un problème de culture qui provoque l’exclusion des retraités des discussions, constate Mathieu Santerre. Or, un régime de retraite est la mise en commun d’un certain risque. Du moment où une partie de la cagnotte vous appartient, vous devriez pouvoir avoir le droit de parole. » Il se console néanmoins en constatant que la situation change tranquillement et qu’il commence à y avoir une ouverture quant à la participation des retraités.

M. Santerre fait la différence entre les régimes de la fonction publique en tant que telle et ceux du parapublic, soit les municipalités et les forces de l’ordre. Dans le premier cas, l’essentiel est la participation aux négociations. Or, dans le parapublic il faut « sortir gagnant des discussions régime par régime », car la réalité est morcelée. « Dans les régimes publics, la gestion est centralisée et un bureau régional ne pourra décider de baisser les cotisations, dit-il. Au parapublic, c’est décentralisé. Il y a beaucoup de régimes dont les paramètres sont variables. »

Chose certaine, l’AQRP ne considère pas qu’une transition vers les régimes CD représente la solution. « Dans le public, comme dans le privé, c’est le “moins possible s’il vous plaît”, affirme M. Santerre. L’idée de planifier vos finances à la retraite est de savoir à peu près combien d’argent vous allez avoir. Il faut avoir un préjugé favorable à l’égard des régimes à prestations déterminées. » Il exprime d’ailleurs lui aussi son appui à la rente longévité suggérée par le comité D’Amours, qui « propose des paramètres qui laissent penser qu’elle pourrait être équitable. Mais, nous sommes moins d’accord qu’on choisisse la rente au détriment d’une hausse du maximum des gains admissibles au Régime des rentes. Pour nous les deux se valent. » Il importe aussi de se pencher sérieusement sur l’évolution démographique. « Beaucoup de baby-boomers prendront leur retraite. Il faut nous assurer que nos régimes tiennent la route, car c’est un phénomène qui ne se reproduira pas de sitôt. L’objectif devrait être de faire un pacte entre les travailleurs, les personnes qui s’apprêtent à prendre leur retraite et les retraités actuels, dit-il. Si, dans le passé, on a mal planifié les changements démographiques, on n’est pas obligé de faire la même erreur chaque fois. On peut planifier de façon sérieuse pour le long terme. »

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