Depuis la crise financière, les investisseurs se sont habitués à des épisodes de volatilité brefs, souvent contenus grâce à des politiques monétaires et budgétaires ­ultra-accommodantes. Cette dynamique a nourri l’illusion que la volatilité était passagère.

Alexandrew Ryo

Mais le paysage a radicalement changé. L’instabilité géopolitique, les tensions macroéconomiques et le comportement imprévisible de certains dirigeants politiques — qualifiés d’« agents du chaos » — ont transformé les gouvernements ­eux-mêmes en sources de volatilité.

Dès lors, une question centrale s’impose : la traditionnelle diversification ­actions-obligations ­permet-elle encore d’atténuer efficacement les phases de stress de marché ?

Rôle défensif des obligations : une protection en déclin

De nombreux investisseurs se reposent encore sur la diversification classique entre actions et obligations pour atténuer les chocs. La diversification fondée sur la corrélation entre catégories d’actifs est souvent mal comprise ou ­sous-estimée. Dans un environnement de marché normal ou modérément tendu, elle peut fonctionner. Mais lors des crises majeures, les corrélations convergent rapidement — et la protection attendue se dissout.

Des épisodes récents (2022, 2018, 2015, et même 2008 dans une certaine mesure) l’ont prouvé : les actifs de croissance (actions) et de rendement (obligations) censés se compenser évoluent simultanément à la baisse. Les obligations souveraines, autrefois considérées comme des amortisseurs naturels, ne jouent plus systématiquement leur rôle de refuge.

La volatilité pourrait persister à un niveau plus élevé maintenant, non pas parce que les marchés s’effondrent, mais parce qu’elle est désormais alimentée par les politiques publiques ­elles-mêmes. Cette transformation du régime de marché rend caduque une partie des modèles classiques de gestion des risques.

Les actifs de croissance et de rendement subissent tous les stress de croissance économique. Même si les actifs de rendement atténuent la baisse, leurs résultats ne suffisent pas à contrebalancer le reste. La ­quasi-totalité des stratégies ­(traditionnelles ou alternatives), soit 97 %, fonctionnent lorsque la volatilité est basse. A contrario, seulement 3 % des stratégies savent profiter des périodes de forte volatilité.
Il devient impératif d’intégrer des mécanismes de protection capables de fonctionner de manière fiable dans un éventail plus large de scénarios — y compris en période d’apparente stabilité.

Quelles alternatives pour se protéger ?

Face à l’érosion de la diversification classique, plusieurs stratégies d’atténuation des risques peuvent être ­considérées : ­Commodity ­Trading ­Advisor, ­Global ­Macro, or, etc. Chacune a ses mérites, mais aussi ses limites.

Les stratégies longues en volatilité (long vol/tail risk) s’imposent comme des composantes fondamentales de la construction de portefeuilles résilients : première ligne de défense en cas de choc et efficaces quand les autres stratégies échouent.

Dans cette logique, il nous semble indispensable d’introduire une poche de stratégies d’atténuation des risques dans la construction de portefeuille. Cela afin de sélectionner des stratégies appartenant à chaque catégorie citée précédemment afin de favoriser davantage de robustesse quel que soit le type de choc que le marché pourrait subir.

Une autre possibilité consiste à mettre en œuvre une stratégie asymétrique capable de bien se comporter dans différents types de régimes de marché, généralement des stratégies à base d’options intégrant une combinaison de stratégies :

  • Stratégie « tail risk » visant à limiter les pertes extrêmes en cas de choc sévère
  • Stratégie « long vol » destinée à réduire la volatilité globale du portefeuille

L’idée ­sous-jacente étant de pouvoir :

  • Monétiser les baisses brutales de marché, tout en minimisant le coût de la couverture en période calme ou haussière
  • Optimiser les rendements composés à long terme, en intégrant une couverture structurelle
  • Autoriser la possibilité de rééquilibrage afin de réinvestir dans la partie du portefeuille ayant souffert lors d’un choc et profiter ainsi du rebond de manière plus importante.

Dans un environnement durablement instable, les stratégies de couverture ne doivent plus être perçues comme des solutions de dernier recours. Elles doivent devenir des composants permanents de la répartition stratégique d’actifs. La volatilité n’est plus un accident. Elle est structurelle. Il est temps d’en faire une alliée stratégique !


• Ce texte a été publié dans l’édition de décembre 2025 du magazine Avantages.
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