Quelles sont les chances que vous fêtiez un jour votre 90e anniversaire ? Si la réponse est floue pour vous et que vous n’aimez pas l’incertitude, vous avez probablement tendance à mettre moins d’argent de côté pour vos vieux jours.

C’est du moins la conclusion d’une recherche réalisée par la professeure adjointe à HEC Montréal, Irina Gemmo, et son collègue Claudio Daminato, de l’Université de Lund en Suède.

« Pour les gens qui ont une aversion à l’ambiguïté, nous avons constaté que l’incertitude quant à ses probabilités de survie conduit à épargner moins », explique Mme Gemmo, en entrevue.

À partir d’un sondage auprès d’un échantillon de 12 833 personnes de 20 à 80 ans, les auteurs de l’étude ont constaté que la corrélation était observable uniquement chez les personnes qui n’aimaient pas l’incertitude.

« Quand on sépare l’échantillon entre les gens qui n’aiment pas l’incertitude, ceux qui sont neutres et ceux qui aiment ça, nous avons seulement trouvé un lien avec ceux qui ne l’aiment pas, précise-t-elle. Pour les autres, ce n’était pas significatif. »

Le résultat peut sembler contre-intuitif. Ne pas aimer l’incertitude ne devrait-il pas conduire à épargner davantage ? « Ce n’est pas ce que nous avons constaté », répond la chercheuse.

Les particuliers épargnent davantage lorsqu’ils ressentent de l’incertitude par rapport à leurs perspectives de revenus, selon d’autres études, mais ils n’ont pas le même réflexe lorsqu’il est question de leurs chances de survie, nuance Mme Gemmo.

« Notre intuition, c’est que, comme vous ne savez pas s’il y aura un futur, vous y accordez moins d’importance, résume la professeure. Donc, vous épargnez moins et vous portez une plus grande attention à la consommation immédiate. »

Les chercheurs proposent d’intégrer le sujet de la longévité aux initiatives de littératie financière pour le grand public. Mieux informés, les gens pourraient ainsi ajuster leurs habitudes d’épargne de manière plus optimale.

« La grande question qui ressort de cette recherche est : “Comment mieux informer les gens par rapport à leur perspective de survie ?” », estime la professeure.

« Le grand défi est de trouver un moyen de l’aborder sans effet repoussoir, reconnaît-elle. Les gens ont tendance à avoir un blocage lorsqu’on parle des probabilités entourant leur décès. »

Le risque de vivre trop longtemps

Dans son bureau, la planificatrice financière Nathalie Bachand entend souvent des clients lui demander d’ajuster ses prévisions avec une espérance de vie plus courte, ce qu’elle refuse.

« Je ne peux pas prendre le risque, comme professionnelle, que vous n’ayez plus d’argent à 85 ans », insiste la planificatrice, qui est aussi présidente du conseil d’administration de l’organisme ÉducÉpargne.

En planification financière, la norme est de faire des projections jusqu’à ce que le client ait une chance sur quatre d’être encore en vie, explique Mme Bachand.

Le résultat peut en décourager certains, car il implique une épargne plus élevée. « Quand on leur explique, les gens comprennent », constate-t-elle.

« Quand les gens me disent : “Je vais mourir à 85 ans.” Je leur dis : “Si tu vis jusqu’à 95 ans, tu vas faire quoi ? Retourner travailler à 85 ans.” »

Le sujet n’est toutefois pas la première préoccupation de ses clients. « Les gens sont bien plus inquiets au sujet de l’économie, surtout par les temps qui courent, que sur l’espérance de vie. »

La méconnaissance de la finance personnelle peut conduire certaines personnes à l’inaction, concède Mme Bachand. Ces personnes ne sont toutefois pas celles qui prennent l’initiative de prendre rendez-vous avec elle.

Pour répondre à la question plus haut, la moitié des hommes dans la trentaine devrait atteindre l’âge de 90 ans, selon les normes d’hypothèses de projection de l’Institut de la planification financière. Le quart seraient toujours vivant à l’âge de 95 ans.

Pour les femmes dans la même tranche d’âge, la moitié devrait atteindre l’âge de 92 ans. Le quart d’entre elles vivraient au moins jusqu’à 97 ans.