Les médicaments GLP-1 restent un facteur de coût important pour les régimes d’assurance médicaments parrainés par les employeurs et contribueront encore davantage aux coûts à mesure qu’ils seront approuvés pour des utilisations autres que la prise en charge de l’obésité et du diabète, selon un nouveau rapport de la Croix Bleue de l’Alberta.

Ce rapport, qui a examiné plus de 440 demandes d’autorisation de mise sur le marché et de compléments d’information soumis à Santé Canada en 2025, souligne que les utilisations futures élargies des médicaments GLP-1 pourraient inclure la stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique et l’apnée obstructive du sommeil.

Le rapport souligne également que plusieurs nouveaux traitements à base de GLP-1 sont en cours de développement. Ces traitements devraient être plus efficaces, avoir des utilisations plus larges, avoir une durée d’action plus longue entre les doses et être de plus en plus disponibles sous forme orale. Bien qu’un générique du sémaglutide soit attendu pour la mi-2026, les dépenses globales liées aux traitements à base de GLP-1 ne devraient pas diminuer dans les années à venir en raison de l’utilisation croissante et de l’expansion continue de ces traitements.

De nouveaux traitements neurologiques font également leur apparition, notamment un médicament contre la maladie d’Alzheimer qui agit en modifiant le processus pathologique plutôt qu’en traitant uniquement les symptômes. Cependant, des changements dans les pratiques de soins de santé seront nécessaires pour faciliter son utilisation. De plus, un nouveau médicament contre la sclérose en plaques progressive est en cours d’examen par Santé Canada.

Le pipeline de produits de santé destinés aux femmes continue de s’étoffer, avec l’approbation récente au Canada d’un deuxième traitement non hormonal contre les symptômes de la ménopause et du premier traitement ciblé contre la dépression post-partum.

Les thérapies biologiques s’étendent par ailleurs à d’autres utilisations, notamment la bronchopneumopathie chronique obstructive, l’urticaire chronique spontanée, la rhinosinusite chronique avec polypes nasaux et le vitiligo. Si ces traitements améliorent les résultats pour les patients, ils entraînent également des coûts bien plus élevés pour des affections dont la durée de traitement est plus longue et la prévalence plus large.

Une nouvelle crème est actuellement commercialisée pour le traitement de l’eczéma chronique modéré à sévère des mains, qui est la maladie cutanée professionnelle la plus courante, et une nouvelle épinéphrine intranasale pourrait remplacer les auto-injecteurs d’épinéphrine traditionnels, tels que l’EpiPen, pour le traitement de l’anaphylaxie.

Le rapport met également en avant plusieurs médicaments génériques et biosimilaires notables qui pourraient permettre de réaliser des économies importantes et qui sont actuellement à l’étude par Santé Canada. L’un d’entre eux est une version biosimilaire du Simponi, indiqué pour plusieurs affections inflammatoires telles que la polyarthrite rhumatoïde, l’arthrite psoriasique, la spondylarthrite ankylosante et la colite ulcéreuse.

Les médicaments GLP-1 plus omniprésents aux États-Unis

Pour en revenir aux médicaments GLP-1, environ 11 % des adultes américains déclarent prendre un tel traitement sous ordonnance, contre 8 % des Canadiens, montrent les résultats d’un récent sondage Léger. En extrapolant ces données, il y aurait plus de 28 millions d’Américains qui prennent ces médicaments et plus de 3 millions de Canadiens.

Le coup de sonde nous apprend également que nos voisins du Sud sont deux fois plus susceptibles d’être intéressés par un médicament GLP-1. Parmi les répondants ayant indiqué ne pas prendre ces molécules, 12 % des Américains ont dit être intéressés contre 6 % des Canadiens.

La perte de poids est la principale raison d’envisager la prise de médicament GLP-1. C’est vrai pour 58 % des Canadiens et 71 % des Américains. La seconde raison la plus nommée était pour la santé métabolique/diabète.

Par ailleurs, les femmes sont plus susceptibles d’évoquer la perte de poids. Les hommes mentionnent davantage la réduction du risque cardiovasculaire. Fait intéressant, au Canada, 36 % des femmes ont payé en totalité le coût pour un médicament GLP-1, contre seulement 13 % des hommes.

Les résultats montrent que le coût est en partie couvert par l’assurance pour 61 % des hommes, comparativement à 33 % des femmes. Pour le quart des répondants, le montant est payé en totalité par l’assurance.

« La perte de poids est la principale raison évoquée pour prendre un GLP-1, mais aussi le diabète de type 2. On peut avoir deux raisons dans ce sondage parce qu’on sait que ça peut être prescrit pour plusieurs raisons. […] On a demandé cette question aux personnes qui prennent actuellement les GLP-1 et aussi aux gens qui ont un intérêt », a précisé en entrevue Melicent Lavers-Sailly, vice-présidente de Léger Santé, la division santé de Léger.

L’économie autour de l’appétit change

« Les GLP1 ne sont plus un sujet de niche, fait valoir Mme Lavers-Sailly. C’est maintenant une réalité importante pour les consommateurs et le système de soins de santé. Ce qui frappe, c’est que les utilisateurs disent avoir changé pas seulement au niveau de l’appétit, mais aussi les envies, les habitudes au restaurant, les choix à l’épicerie et où ils dépensent leur argent. »

De façon plus détaillée, concernant les habitudes au restaurant depuis la prise de GLP-1, 35 % des Canadiens ont dit commander des portions plus petites, contre 51 % des Américains.

Les changements sont plus marqués du côté américain. Plusieurs ont dit choisir des portions plus allégées ou saines (34 % au Canada, contre 53 % aux États-Unis) ; commander la même quantité, sans finir son assiette (34 % au Canada, contre 44 % aux États-Unis) ; et sauter les entrées ou les desserts (31 % au Canada, contre 40 % aux États-Unis).

« Si l’appétit change, l’économie autour de l’appétit change, souligne Mme Lavers-Sailly. Les utilisateurs mentionnent surtout une baisse de l’appétit, des portions et des envies réduites, et aussi des changements dans les dépenses : moins d’argent au restaurant, et plus vers les vêtements, le conditionnement physique, les soins personnels, les vitamines et les suppléments. Dans la consommation, on voit plus de fruits et légumes frais et plus de protéines, encore plus aux États-Unis, et moins de collations sucreries, moins de boissons sucrées, moins d’alcool et moins de repas à emporter. »

Le coût, un frein majeur au Canada

« Ce qu’on a vu, c’est qu’au Canada, le grand obstacle, c’est le coût. Environ la moitié des personnes intéressées seraient plus susceptibles d’en prendre si la couverture d’assurance s’améliorait ou si un générique moins cher était disponible », soulève Mme Lavers-Sailly.

Les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d’être influencées par le prix, ce qui peut s’expliquer en partie par le fait que davantage de femmes prennent ces médicaments pour perdre du poids. Dans le régime public d’assurance médicaments du Québec, les GLP-1 sont remboursés uniquement pour le traitement de diabète de type 2. C’est la même chose ailleurs au Canada.

« Aux États-Unis, il y a beaucoup plus de personnes qui prennent un GLP-1 qui ont plus d’argent. On ne voit pas cette différence au Canada », précise Mme Lavers-Sailly. En effet, par revenu pondéré, pour ceux qui gagnent moins de 100 000 $ par année, 9 % des Canadiens prennent un GLP-1 et cela chute à 5 % pour ceux qui gagnent plus de 100 000 $ annuellement. Aux États-Unis, avec les mêmes comparaisons de revenus, 16 % des plus riches prennent un GLP-1, contre 9 % de la tranche moins aisée.

Le rapport de la firme Léger suggère que l’intérêt plus bas au Canada pour les médicaments GLP-1 pourrait s’expliquer en partie parce que la prévalence de l’obésité et du diabète de type 2 est plus élevée aux États-Unis.

De plus, 47 % des Canadiens qui ont mentionné ne pas prendre de GLP-1 sur ordonnance ont indiqué ne pas connaître les médicaments GLP-1, contre 33 % des Américains. La question qui précédait celle-ci donnait plusieurs exemples de marques de médicaments, comme l’Ozempic.

Le sondage Léger a été réalisé en ligne auprès de 1012 Américains et 1536 Canadiens du 6 au 9 février 2026. Pour le Canada, la marge d’erreur pour un échantillon de cette taille est évaluée à plus ou moins 2,5 %, 19 fois sur 20, pour les États-Unis elle s’élève à 3,1 %.