Le mois de novembre a été désigné comme le mois de la littératie financière au Canada. À la suite du succès inaugural en 2011, l’initiative reprend avec sa deuxième édition cette année. Les dettes élevées, la prolifération de cartes de crédit et la faiblesse de l’épargne sont souvent citées, non sans raison, comme étant parmi les preuves d’un bas niveau de littératie et de connaissances financières des contribuables. En matière de retraite, l’évolution des régimes et les réalités économique et démographique demandent aux participants d’accroître leur responsabilité envers l’épargne et d’assumer davantage de risques. Il s’agit d’un contexte dans lequel de meilleures connaissances seraient sans doute souhaitables. Mais à quelle connaissances peut-on s’attendre et que peuvent faire les entreprises pour améliorer la situation ?

Selon un récent sondage de la RBC Banque Royale, 67 % des Québécois jugent que leurs connaissances financières sont « excellentes ou bonnes ». Un pourcentage semblable considère néanmoins avoir besoin d’améliorer ces dernières. Il semble donc que les personnes reconnaissent l’importance de pouvoir se débrouiller en finances. Bien entendu, il ne suffit pas que d’avoir de bonnes intentions et on peut toujours se demander si les Québécois passent à l’acte et prennent des mesures concrètes pour améliorer leurs connaissances. Bonne nouvelle pour les conseillers – les discussions avec ceux-ci représentent la façon la plus courante pour améliorer leurs connaissances selon 34 % des participants au sondage de RBC Banque Royale. Ensuite, ils ont tendance à se tourner vers les médias (26 %) ou encore des amis ou des membres de la famille qu’ils considèrent avertis en finances (24 %). Ce ne serait que 15 % qui consultent les sites Web de banques ou de sociétés de placement.

« Il existe beaucoup de moyens d’améliorer ses connaissances financières, mais il faut que cela soit facile pour les personnes et corresponde à leur réalité, estime Danielle Coutlée, directrice stratégie de ventes et soutien, à la RBC Banque Royale. Si on parle de la Bourse, par exemple, on tombe dans un milieu où cela ne va pas de soi. Pour une personne, cela peut paraître simple, mais la base serait d’établir ses antécédents de solvabilité, soit l’épargne et les dépenses. En ce qui concerne la retraite, on parle de se préparer un coussin financier et de commencer le plus tôt possible. » Pour Tom Hamza, président-directeur général du Fonds pour l’éducation des investisseurs, il faut être réaliste quant à ce qu’on peut attendre des épargnants. « Il y a des personnes qui passent leur vie à se concentrer sur les finances et c’est beaucoup demander aux gens d’en avoir une compréhension complète. Mais il faut qu’ils en connaissent suffisamment afin de pouvoir entamer et aider à orienter les conversations avec leur conseiller. »

Une grande question se pose quant à la place de la littératie financière à l’école et s’il faudrait y introduire un cours à ce sujet au secondaire. Une autre étude, publiée en septembre par le Centre Interuniversitaire sur le Risque, les Politiques Économiques et l’Emploi, suggère que le Québec tire de l’arrière par rapport au reste du Canada en matière d’éducation financière, ainsi qu’en préparation pour la retraite. Les auteurs de l’étude, Thomas Lalime et Pierre-Carl Michaud, ont effectué une étude comparative de l’Enquête canadienne sur les capacités financières, réalisée en 2009. Le professeur Michaud affirme que l’étude ouvre la porte à d’autres investigations à ce sujet et que la situation du Québec, en soi, ne serait pas nécessairement une mauvaise chose. « Cela pourrait s’expliquer par le fait que les régimes à prestations déterminées généreux sont encore très présents au Québec. Plus ce genre de régime, où l’on suit beaucoup l’employeur, est présent, plus l’on peut s’attendre à ce que les gens aient moins besoin d’acquérir des connaissances financières », dit-il. Camille Beaudoin, directeur de l’éducation financière à l’Autorité des marchés financiers (AMF), dit que les Québécois ne seraient pas pires que les autres Canadiens en matière de connaissances financières, mais reconnaît que « le grand enjeu est de susciter l’intérêt des gens afin qu’ils fassent des démarches pour être bien informés de leurs responsabilités et de leurs droits. Les gens trouvent que l’éducation financière est importante, mais ils n’ont pas toujours le stimulus, le petit intérêt pour passer à l’action, sauf quand arrive une situation malheureuse et ils se disent qu’ils vont se prendre en main. »

Il est clair qu’il existe une vaste gamme d’outils qui proposent de l’information aux Québécois au sujet de l’épargne et de la planification de la retraite et vers lesquels les sociétés peuvent diriger leurs employés. Outre la vaste gamme de services offerts par les sociétés œuvrant dans le domaine, des organisations comme Question Retraite proposent aux entreprises et organismes sociaux des séances gratuites de formation en personne et, de plus en plus, en ligne. D’ailleurs, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, en collaboration avec l’AMF et le Fonds pour l’éducation des investisseurs, a lancé en septembre Vos outils financiers , un site Web qui offre, entre autres, un formulaire qui permet de déterminer ses besoins financiers à la retraite. Le but du site serait de « doter les consommateurs des outils et des connaissances requises pour prendre des décisions financières responsables ». Un objectif honorable, certes. Mais, par elles-mêmes, les sources d’éducation financière ne suffisent pas et, comme vient proposer depuis un moment l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il importe de mesurer les vraies retombées des mesures introduites.

Des études qui portent sur les programmes de sensibilisation des entreprises, le professeur Michaud conclut que « c’est difficile d’attirer beaucoup de monde et de s’assurer qu’ils vont utiliser ce qu’ils ont appris. Il y a donc tout un défi sur le plan des entreprises qui voudraient améliorer les connaissances de leurs employés de la meilleure manière possible. » Cela demeure un défi qu’il importe de relever. Reconnaître ses lacunes en littératie financière et aider les employés à prendre les décisions, c’est primordial. « Les entreprises ont un rôle prépondérant à jouer quant au bien-être financier de leurs employés. Ce n’est pas simplement de leur donner un emploi et un chèque de paie, affirme Mme Coutlée de la RBC Banque Royale. Souvent, lorsque l’on parle d’épargne, les gens n’écoutent pas nécessairement, ou bien n’ont pas toujours tout entendu, il faut donc répéter jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’il faut faire quelque chose. »

Le Conseil du patronat du Québec, quant à lui, croit que l’épargne-retraite doit être facile. « Nous avions appuyé le projet des RVER parce qu’il offrait l’adhésion automatique aux travailleurs, donc un accès direct, affirme Norma Kozhaya, directrice de la recherche et économiste en chef du Conseil du patronat. Plus c’est facile, plus il y a des chances que cela fonctionne. Les personnes inscrites automatiquement tendent à y rester. Bien qu’il y ait l’option de cesser les prélèvements, avec l’adhésion automatique, l’employé doit faire un effort et se renseigner sur le régime s’il désire le faire. » Il peut évidemment être dangereux de prendre des décisions pour les employés mais, en établissant par défaut la participation par exemple, on reconnaîtrait les lacunes des employés en matière de littératie financière.

C’est certain que les contributions des employeurs aident beaucoup à accroître la participation aux régimes de retraite. Mais l’implication de l’employeur dans les finances des employés a des effets encore plus importants. Selon le récent sondage de Question Retraite, les travailleurs Québécois ont plus tendance à cotiser à un REER s’ils participent déjà à un régime de retraite privé, et ce, sans égard à l’âge. « C’est une bonne chose que les employeurs sensibilisent les gens aux enjeux financiers car, sans planification, la retraite qu’ils auront pourrait être inférieure à celle qu’ils s’attendent », déclare M. Hamza du Fonds pour l’éducation des investisseurs. « Beaucoup de gens n’ont pas assez épargné et, bien qu’il existe des régimes de retraite généreux, ces derniers doivent souvent être complétés. Les gens qui n’ont pas cotisé à d’autres régimes d’épargne risquent d’être déçus quand ils arriveront à la retraite », conclut-il.