Femme cachée derrière un papier avec un sourire

Un écart entre les générations se creuse en santé mentale depuis la pandémie. 

La santé mentale positive, soit le bien-être psychologique, émotionnel et social, s’est globalement améliorée chez les Canadiens vers la fin de la pandémie de la COVID-19, confirme un rapport de Statistique Canada publié mercredi. On note toutefois que certains groupes, comme les jeunes adultes, sont peu nombreux à estimer avoir une bonne santé mentale.

Le rapport de Statistique Canada a comparé l’évolution de la santé mentale des Canadiens lors de la phase finale de la pandémie (2023) avec les phases initiale (2020) et intermédiaire (2021). Les données sont issues des trois cycles de l’Enquête sur la COVID-19 portant sur la population adulte des dix provinces canadiennes.

Selon l’analyse du rapport, la santé mentale positive des gens a commencé à se rétablir en 2023, par rapport au début de 2021 — période où les taux de santé mentale positive élevée étaient très faibles.

Rappelons le contexte des phases initiale et intermédiaire de la pandémie. Les cas de COVID-19 et les décès attribuables à la maladie étaient élevés, les mesures de santé publique, telles que le confinement et la fermeture de lieux de travail, étaient à leur niveau le plus strict et les vaccins n’étaient pas encore largement disponibles. « Cette situation a coïncidé avec une diminution du bien-être de nombreuses personnes vivant au Canada », note le rapport.

Les « stress contemporains » vécus par les jeunes

Les jeunes adultes ont enregistré des estimations relativement faibles à chacune des phases. Chez les 18 à 34 ans, on observe des augmentations importantes de la prévalence d’une santé mentale autoévaluée élevée et de la satisfaction moyenne à l’égard de la vie, mais cela est principalement attribuable aux taux particulièrement faibles en 2021.

La Dre Mélissa Généreux, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke, a voulu faire une comparaison avec le portrait avant la pandémie. Elle a croisé les données du nouveau rapport avec celles de 2019 de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, aussi menée par Statistique Canada. « Je me permets de jumeler les données de 2019 à celles qui sont présentées dans le rapport pour les années 2020, 2021 et 2023 parce qu’eux-mêmes, les auteurs, ont déjà comparé les données de l’enquête de 2019 avec celles de 2020 dans un rapport préalable », justifie-t-elle.

Pour la Dre Généreux, les données concernant les jeunes sont de loin les plus frappantes. En 2019, 61 % des jeunes rapportaient un niveau de santé mentale élevé. En 2020, ce taux a chuté à 51 %, puis a continué de baisser en 2021 pour atteindre 33 %. En 2023, la situation s’est améliorée alors que 42 % des jeunes déclaraient une bonne santé mentale.

Si on regarde du côté des aînés de 65 ans et plus, c’est relativement stable dans le temps. En 2019, ils étaient 71 % à rapporter un niveau de santé mentale élevé, un taux qui a chuté à 68 % en 2021, puis qui a remonté à 72 % en 2023.

« Il y a une chute quand même assez drastique du pourcentage de jeunes adultes qui se disent en très bonne ou excellente santé mentale, alors que chez les personnes de 65 ans ou plus […] il n’y a pas vraiment eu de différence », souligne-t-elle. « Je pense que c’est surtout un écart générationnel qui est en train de s’installer de façon assez frappante. »

Autrement dit, plus l’âge augmente, plus la propension à avoir une santé mentale autoévaluée élevée est forte. « On le savait, je ne suis pas surprise, mais on ne l’a pas souvent bien vu ou de façon si graphiquement claire ce fossé intergénérationnel qui est en train de se creuser au niveau de la santé mentale », commente la Dre Généreux.

Comment expliquer que la santé mentale des jeunes est mise à mal? L’experte avance qu’ils vivent des « facteurs de stress contemporains » que les autres générations n’ont pas vécus au même âge. On parle notamment des contrecoups de la vie numérique, de l’écoanxiété reliée aux changements climatiques et de l’instabilité économique.

Les non-parents en meilleure posture que les parents

La Dre Généreux a aussi relevé une tendance qui s’est inversée au fil du temps: la santé mentale des parents. En 2019, 70 % des parents d’enfants de moins de 18 ans avaient une bonne santé mentale, contre 66 % chez les non-parents. « Pendant la pandémie, c’était pas mal égal, puis après ça, ça s’est inversé. En 2023, c’est 53 % des parents qui disent avoir une bonne santé mentale, contre 58 % des non-parents. Finalement, de nos jours, avec le contexte post-pandémie, il y a une inversion des tendances », s’étonne-t-elle. « Être parent semble être associé à une moins bonne santé mentale que de ne pas être parent. »

Autre fait saillant: en 2019, la proportion d’hommes qui disaient avoir une bonne santé mentale était un peu plus élevée que les femmes. « Il y avait un écart d’à peu près cinq points », indique Dre Généreux, « alors qu’en 2023, il y a un écart de dix points, donc on voit que l’écart s’est creusé. Ça revient à dire que la santé mentale des femmes semble s’être détériorée davantage depuis la pandémie que celle des hommes. »

Par ailleurs, le rapport montre que la satisfaction moyenne à l’égard de la vie, bien qu’elle se soit améliorée en 2023, était toujours inférieure à ce qu’elle était avant la pandémie. On constate aussi que certains groupes, comme les travailleurs de première ligne et les personnes vivant seules, n’ont pas montré d’amélioration statistiquement significative de santé mentale autoévaluée.

Pour l’ensemble de la population, plusieurs indicateurs se sont améliorés, comme le sentiment d’appartenance à la communauté. Les résultats montrent que la prévalence d’une santé mentale autoévaluée élevée était de 56 % en 2023, soit supérieure à 2021 (51 %), mais inférieure à 2020 (60 %).

On soutient que le bien-être « s’est peut-être amélioré à mesure que la majorité de la population canadienne s’est fait vacciner, que le nombre de décès et les cas de maladie grave attribuables à la COVID19 ont diminué, que les restrictions en matière de santé publique ont été assouplies ou levées et que d’autres répercussions de la pandémie, par exemple les taux élevés de chômage, s’atténuaient ».