Les rendements obtenus en 2025 par les portefeuilles de capital-investissement des grandes caisses de retraite canadiennes sont particulièrement décevants. Du moins à première vue, car la réalité n’est peut-être pas si sombre.
Les placements en capital-investissement du Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (RREO) ont été particulièrement sous pression en 2025, avec un rendement négatif de 5,3 %, comparativement à un indice de référence de 18 %. Cette catégorie d’actif a également connu un recul à OMERS, avec un rendement de -2,50 %, alors que son indice de référence se chiffrait à 9,1 %. Les placements en capital-investissement de La Caisse sont parvenus à demeurer en territoire positif avec un rendement de 2,3 %, mais il s’agit néanmoins d’une contre-performance face à un indice de référence de 12,6 %.
Ces pertes ou ses faibles gains sont le résultat d’un ralentissement des opérations, d’une baisse des valorisations et de la modération des distributions qui pèsent depuis de nombreuses années sur le secteur du capital-investissement, rapporte Morningstar.
Cela étant dit, la manière dont les investisseurs institutionnels calculent leurs indices de référence pour cette catégorie d’actif aurait-elle pour effet de brosser un portrait pire qu’il ne l’est en réalité ? C’est l’avis d’Alexander Beath, fondateur du cabinet de conseil torontois Alex Beath & Associates, qui estime que les comparatifs utilisés donnent une impression exagérément négative de la performance relative de leurs portefeuilles de capital-investissement.
L’expert explique que les caisses de retraite du Maple Eight utilisent un indice de référence interne qui compare les rendements des opérations de rachat d’entreprises à un ensemble d’indices mesurant les actions des secteurs privé et public. L’indice utilisé par La Caisse, par exemple, est constitué de 50 % de l’indice SSPEI Adjusted Index, de 25 % de l’indice MSCI ACWI Index et de 25 % de l’indice Morningstar National Bank Quebec Index. Or, ces indices accordent une pondération plus importante aux actions à grande capitalisation que la couverture du capital-investissement, note M. Beath. Certaines grandes capitalisations telles que les Sept Magnifiques ont enregistré des rendements si élevés en 2025 que les rendements obtenus en capital-investissement semblent mauvais en comparaison.
Alexander Beath est d’avis que les grands investisseurs institutionnels canadiens devraient bâtir leur indice de référence en utilisant seulement des indices regroupant des entreprises dont la capitalisation boursière est inférieure à cinq milliards de dollars pour mieux représenter la réalité des entreprises financées par le capital-investissement.
L’expert note aussi le décalage temporel des indices de référence des fonds de capital-investissement par rapport au marché public. Un décalage, d’un mois par exemple, introduit une imprécision dans les indices de référence personnalisée des investisseurs. Les écarts qui peuvent en découler faussent la performance relative, à un tel degré que cela peut même faire la différence entre une « très bonne » performance et une « très mauvaise performance », soutient Alexander Beath.
Il a ainsi analysé la performance de l’indice S&P SmallCap 600 Index, qui lui semble plus représentative du secteur du capital-investissement, et a compensé le décalage dans la publication des données. Il arrive ainsi à un rendement moyen de 4,1 % en 2025, ce qui est beaucoup plus bas que les indices de référence utilisés par les Maple Eight. La performance de leurs portefeuilles de capital-investissement semble donc moins mauvaise en utilisant cette base de comparaison.
Pour autant, il soutient que la performance d’un portefeuille de capital-investissement repose avant tout sur la sélection des gestionnaires, la souscription et les conditions du marché. N’empêche que des indicateurs plus précis éviteraient certains biais dans l’évaluation des rendements, juge-t-il.