Entre la hausse de l’utilisation des régimes privés d’assurance médicaments et l’émergence d’une nouvelle génération de thérapies à coûts ultraélevés, les promoteurs de régimes d’avantages sociaux ne sont pas au bout de leur peine, selon la dernière édition du rapport sur les tendances de médicaments de Telus Santé. Heureusement, certaines tendances pourraient leur donner un peu de répit.
En 2025, 61,8 % des participants à un régime privé d’assurance médicaments ont présenté au moins une demande de règlement, comparativement à 58,7 % en 2023. Le montant admissible annuel moyen par demandeur est pour sa part passé de 1 036,67 $ en 2024 à 1 079,04 $ en 2025.
Le rapport révèle également que les médicaments spécialisés à coût élevé (plus de 10 000 $ par année par assuré) continuent d’exercer une forte pression sur les régimes. L’année dernière, ces médicaments ont représenté 33,9 % des dépenses totales en médicaments admissibles, bien que seulement 2,1 % des demandeurs les aient utilisés.
À eux seuls, les médicaments que Telus Santé définit comme « à coût ultraélevé » ont représenté 5,2 % des dépenses totales en médicaments en 2025. Le nombre de demandeurs utilisant ces médicaments à coût ultraélevé a augmenté de 12,2 % en 2025. Bien qu’ils soient utilisés par seulement 0,03 % des demandeurs, cette catégorie a enregistré un montant admissible annuel moyen par demandeur atteignant 190 446,32 $.
Parmi ces molécules, on compte le Trikafta, une thérapie révolutionnaire pour la fibrose kystique. À un coût d’environ 300 000 $ par année, le Trikafta a compté pour 47,7 % des dépenses totales en médicaments à coût ultravélevé. L’Ultomiris, utilisé pour les troubles sanguins rares et les maladies neuromusculaires, s’est classé deuxième avec un coût pouvant atteindre 600 000 $ par année.
La gestion du poids, une préoccupation constante
Les médicaments pour la gestion du poids occupent désormais le 11e rang dans le classement des catégories de médicaments les plus coûteuses, un bond de six positions en un an. La catégorie a connu une croissance de 61,0 % en 2025 (après une croissance de 104,0 % en 2024) et a représenté 2,5 % des dépenses totales en médicaments admissibles. Le Zepbound, capable de réduire le poids corporel jusqu’à 20 %, est devenu disponible en juillet 2025 et devrait rapidement gagner des parts de marché.
Outre les médicaments liés à la gestion du poids, les molécules pour le traitement des troubles cutanés ont connu une forte croissance et occupent maintenant le deuxième rang des catégories de médicaments les plus coûteuses. Les troubles cutanés ont en effet dépassé les maladies inflammatoires (9,9 % des dépenses totales), portés par les produits biologiques Dupixent et Skyrizi qui deviennent des thérapies de première intention pour la dermatite atopique et le psoriasis. La catégorie a enregistré une croissance de 13,6 % du montant admissible en 2025 et le coût annuel moyen par demandeur a augmenté de 14,2 %.
En plus de l’arrivée de nouveaux traitements, le vieillissement de la main-d’œuvre canadienne pèse de plus en plus sur les régimes privés d’assurance médicaments. Si la cohorte des demandeurs âgés de 45 à 64 ans représente 38,5 % de l’ensemble des demandeurs, elle compte pour 56,4 % des dépenses totales admissibles, « ce qui indique un point de pression structurel pour les promoteurs de régime », note Telus Santé.
Enjeu plus spécifique au Québec, les visites fréquentes en pharmacie font gonfler les coûts des régimes. Le rapport souligne que les pratiques de délivrance pour trente jours dans la province entraînent la fréquence de demandes de règlement la plus élevée au pays (17,5 demandes par personne), ce qui se traduit par un coût par demande plus faible, mais aussi par le coût annuel total par demandeur le plus élevé au pays, soit 1 355,25 $.
Des baisses de coût ciblées à prévoir
Si dans l’ensemble les tendances militent en faveur d’une croissance soutenue des coûts des régimes privés d’assurance médicaments, certains facteurs pourraient contribuer à modérer cette hausse.
Tout d’abord, l’adoption des médicaments biosimilaires s’accélère. Pas moins de 67,4 % des demandeurs de produits biologiques ont utilisé un médicament biosimilaire à moindre coût en 2025, comparativement à 44,6 % en 2023, ce qui révèle une augmentation de 51 % en deux ans. Les médicaments génériques ont pour leur part atteint 70,8 % de toutes les demandes de règlement.
D’ailleurs, l’Ozempic générique est attendu vers la fin de 2026 à un prix correspondant à environ 35 % du prix courant. Les coûts annuels associés à la prise d’Ozempic, qui oscillent actuellement entre 1 500 $ et 6 100 $, pourraient à l’avenir se situer dans une fourchette de 500 $ à 2 100 $.
« Les données de cette année montrent un système sous pression productive. Plus de personnes au Canada utilisent leur régime d’assurance médicaments et accèdent à des traitements qui étaient inaccessibles il y a quelques années », a soutenu Vicky Lee, pharmacienne et directrice, Services de conseil en pharmacie et services professionnels à TELUS Santé, par voie de communiqué. « L’arrivée du Zepbound et la disponibilité de l’Ozempic générique stimuleront la croissance continue de la catégorie de la gestion du poids, parallèlement à l’augmentation des thérapies spécialisées. Cependant, les pressions sur les coûts qui en résultent soulignent la nécessité pour les promoteurs de régime, les assureurs et les conseillers de mettre en œuvre une gestion des risques robuste pour assurer la durabilité à long terme des régimes d’assurance médicaments. »