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Pour la plupart des gens, devenir parent est l’un des moments les plus heureux de la vie. Or, pour certaines femmes, cet événement s’accompagne d’une lutte inattendue, qui doit être prise au sérieux : la dépression post-partum (DPP). Touchant jusqu’à une femme sur cinq au Canada, la DPP est une maladie grave qui sévit pendant ou après la grossesse et dont les conséquences vont bien au-delà de la personne. Les problèmes de santé mentale chez les mères ont de nombreuses répercussions, que ce soit sur les familles, les milieux de travail ou l’économie, et en ce sens, représentent un enjeu crucial. Au Canada seulement, le fardeau économique des problèmes de santé mentale chez les mères est estimé à 6,7 milliards de dollars par année, coûts directs et indirects confondus.

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Investir dans la santé mentale des mères améliore la vie des familles et réduit les coûts à long terme pour les employeurs et la société.
— Claire Zlobin

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Tanya Mohan

Claire Zlobin se souvient de son expérience avec la DPP en tant que mère de 27 ans. Elle s’estime chanceuse que des difficultés d’allaitement l’aient amenée chez une infirmière en santé publique, avec qui elle a aussi eu l’occasion de parler de l’anxiété, des pensées invasives et d’autres sentiments qu’elle éprouvait – des sentiments que l’infirmière a rapidement reconnus comme des symptômes de la DPP. Grâce à sa compréhension personnelle des difficultés auxquelles font face les familles touchées par la DPP, Claire Zlobin a fondé Life With a Baby, un organisme de santé mentale maternelle et un groupe de soutien qui organise des événements communautaires, des ateliers et des séminaires pour les mères et les pères, et met les gens en contact avec des services de consultation individuelle et de groupe en santé mentale. Dans le cadre de ses activités de sensibilisation, l’organisation recueille des renseignements sur les congés parentaux en milieu de travail auprès d’employés, d’employeurs et d’experts en régimes de soins de santé, et prévoit publier ses conclusions au cours des prochains mois.

Comment avez-vous vécu la DPP ?

J’aimais ma fille. Nous avons noué un lien. Avoir un bébé était exactement ce que je voulais. C’était censé être le moment le plus joyeux et le plus heureux de ma vie, mais je me suis retrouvée avec beaucoup de pensées intrusives. Je craignais de tomber dans l’escalier et de lui faire du mal. Je ne voulais pas cuisiner parce que je craignais que de l’eau bouillante ne l’éclabousse, même si elle était dans le salon. J’avais peur de marcher seule avec elle et que quelqu’un sorte des buissons, la sorte de sa poussette et s’enfuie avec elle.

Ces pensées intrusives étaient débilitantes et épuisantes. Je me suis débrouillée en faisant toutes les choses que j’étais censée faire dans mon rôle de mère, mais c’était comme si je faisais semblant de me sentir normale. Puis, j’ai commencé à compenser les angoisses que j’avais développées, par exemple, déplacer tout ce dont j’avais besoin au rez-de-chaussée lorsque mon mari allait travailler pour ne pas avoir à utiliser les escaliers pendant la journée lorsque j’étais seule avec elle.

Qu’est-ce qui vous a incité à demander de l’aide ?

Lorsque l’infirmière de la santé publique m’a laissé entendre que je souffrais peut-être de DPP, j’en ai parlé à mon médecin, qui a confirmé le diagnostic. Je me suis rendu compte que j’étais tellement différente de ce que j’étais quelques mois auparavant à peine... Je voulais vraiment régler la situation. J’ai commencé une thérapie. J’ai travaillé avec un excellent thérapeute pendant deux ans.

Comme employée qui retourne au travail, quelles sont les difficultés que pose la DPP ?

Même si je ne suis pas retournée au travail moi-même, j’entends constamment des mères dire qu’elles ne se sentent pas soutenues lorsqu’elles le font. Bon nombre d’entre elles affirment que les milieux de travail s’attendent à ce qu’elles soient « revenues à la normale » et que les conséquences mentales et émotionnelles de la DPP sont très peu reconnues. Les femmes craignent vraiment de s’exprimer, d’être perçues comme étant moins bonnes, moins engagées ou même à risque sur le plan professionnel si elles demandent de l’aide. De plus, de nombreux régimes d’avantages sociaux n’offrent pas une couverture adéquate pour les traitements et les thérapies, ou alors, le processus est si contraignant et complexe qu’il devient une autre source de stress. Le message que bon nombre de mères reçoivent, involontairement, est que leur santé mentale est secondaire, alors qu’elle est plutôt essentielle à leur capacité d’être présentes au travail et à la maison.

Comment les employeurs peuvent-ils mieux soutenir les employées qui souffrent de DPP ?

Sensibiliser les employés à la DPP et réduire la stigmatisation qui y est associée est l’une des mesures les plus efficaces que les employeurs peuvent prendre. En premier lieu, il faut former les gestionnaires à avoir des conversations sans jugement lorsqu’une employée confie une préoccupation quant à sa santé mentale et à l’orienter vers l’aide et les prestations offertes. Il faut intégrer la santé mentale des mères dans des stratégies plus globales de santé mentale en milieu de travail, de sorte qu’elle soit normalisée et non pas traitée comme un élément distinct ou un problème personnel.

Il est tout aussi important pour les employeurs de veiller à ce que les régimes de soins de santé et d’assurance médicaments offrent des prestations complètes en santé mentale, qui cadrent avec les plus récentes connaissances scientifiques et offrent une couverture suffisante et en temps opportun pour de la thérapie ou des services de consultation afin de répondre aux besoins cliniques.

Les politiques devraient être souples, et non universelles. L’examen des politiques d’entreprise relatives au retour au travail, aux congés parentaux et aux mesures d’adaptation sous l’angle de la santé mentale favorise des transitions de retour au travail saines sur le plan psychologique, tout en reconnaissant que les délais de rétablissement varient.

Enfin, les employeurs peuvent réduire les obstacles en facilitant l’accès au soutien en santé mentale, en établissant des voies d’accès claires aux soins, en orientant les femmes vers les prestations appropriées et en assurant une communication proactive. Lorsque le soutien est visible, souple et accessible, les employés sont beaucoup plus susceptibles de demander de l’aide rapidement, ce qui profite à l’individu et à l’organisation.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui présente des symptômes de DPP ?

N’oubliez pas que la DPP est une maladie, que ce n’est pas de votre faute et que vous n’êtes pas seule. Demandez de l’aide dès que possible et acceptez les offres de soutien. Parlez à votre médecin jusqu’à ce que vous obteniez le soutien dont vous estimez avoir besoin. Si des choses ne vous semblent pas normales, continuez à demander du soutien et défendez vos intérêts. Accédez au soutien que votre employeur offre et, s’il n’en offre pas, demandez-en. Reposez-vous le plus possible. Sachez que la guérison n’est pas linéaire. Il y a des hauts et des bas et c’est correct ainsi. Et rappelez-vous que cette période sera très difficile, mais que vous allez la traverser.

Quelles réflexions finales aimeriez-vous partager avec les employeurs au sujet de la DPP ?

Il est essentiel que les employeurs comprennent que la DPP n’est pas une faiblesse. La DPP est un problème médical avec des symptômes dans un spectre qui peut affecter n’importe quelle femme, y compris les plus compétentes et performantes. Il y a un effet d’entraînement. La DPP persistante peut avoir une incidence sur les liens affectifs entre la mère et le bébé, ce qui nuit au sommeil, à l’alimentation et au développement à long terme du bébé et est lié à un risque plus élevé de difficultés psychologiques, d’anxiété et de dépression plus tard dans la vie. La DPP peut aussi réduire la satisfaction conjugale, augmenter le taux de séparation et accroître le stress, l’anxiété et la dépression chez les partenaires. Cela dit, lorsqu’elle est traitée, la DPP peut guérir. Pour ce faire, il faut investir dans la santé mentale des mères afin d’améliorer leur santé à long terme, ainsi que celle des enfants et des familles, et de réduire les coûts pour les employeurs et la société en général.

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