La baisse des attentes de rendement, jumelée à l’augmentation de l’espérance de vie, place les systèmes de retraite de nombreux pays dans une situation précaire. Comment renverser la vapeur et trouver un équilibre entre pérennité et efficacité des régimes en place?

« Les systèmes de retraite sont des contrats sociaux complexes qui peuvent avoir des effets majeurs sur la stabilité d’une société », a affirmé Knut Norheim Kjaer, président exécutif du gestionnaire de fonds norvégien TRIENT Asset Management, lundi, lors de la Conférence internationale de Montréal sur la retraite.

Un système de retraite déficient peut en effet être à la source de nombreux conflits sociaux opposant notamment différentes générations, les employés du secteur public à ceux du secteur privé et les individus à revenus plus élevés à ceux ayant un revenu plus faible.

« Atteindre un consensus social est extrêmement complexe. Par exemple, les systèmes de retraite par répartition (pay as you go) peuvent décourager l’épargne personnelle et mettre trop de poids sur les épaules des travailleurs », a expliqué M. Kjaer.

S’ils laissent l’âge de la retraite inchangée, les États auront deux choix pour assurer la pérennité de leurs systèmes de retraite : demander une contribution accrue aux travailleurs ou réduire la croissance des revenus de retraite à un niveau inférieur à celle du PIB.

Car avec une croissance du PIB en ralentissement et une baisse de la population active dans de nombreux pays, les retraités devront peut-être se résigner à un système de retraite moins généreux qu’auparavant. Selon Knut N. Kjaer, les systèmes de retraite doivent « réajuster les promesses de pensions à la réalité de l’économie, particulièrement dans le secteur public », où les régimes sont généralement plus généreux.

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Quoi qu’il en soit, les régimes de retraite doivent faire preuve de transparence, en disant la vérité sur leur sous-financement et la situation de l’équité intergénérationnelle, a-t-il mentionné. Plus fondamentalement, des réformes structurelles visant à améliorer l’efficience du marché du travail et de l’économie en général seraient salutaires pour les systèmes de retraite.

Le point d’équilibre

En raison des bas taux d’intérêt, les régimes de retraite doivent prendre des risques bien plus grands qu’il y a 20 ans pour obtenir les mêmes rendements. Sudhir Rajkumar, responsable du programme des retraités à la Trésorerie de la Banque Mondiale, a expliqué que dans ce contexte, « la question cruciale en matière d’investissement consiste à trouver un compromis adéquat entre le risque et le rendement ».

D’un côté, une politique de placement trop conservatrice génèrera des rendements trop faibles pour remplir les obligations du régime, mais de l’autre côté, une politique trop audacieuse le rendra vulnérable aux soubresauts des marchés, a-t-il démontré.

Alors, comment arriver à trouver ce point d’équilibre entre risque et rendement? Avec une solide structure de gouvernance, soutient Sudhir Rajkumar. Celle-ci est en fait le point de départ de tous les éléments qui influencent la pérennité du régime, soit la politique d’investissement, la gestion de l’actif, la gestion des risques et la mesure de la performance, entre autres.

Concernant la gestion de l’actif, M. Rajkumar a par ailleurs insisté sur l’importance de garder les frais à l’oeil. Selon une étude du Singapore’s Central Provident Fund, des frais d’administration de 1 % sur l’actif pendant une période de 40 ans peuvent amputer le revenu de retraite d’un participant de 25 %.

Sudhir Rajkumar a finalement souligné que la communication avec les différentes parties prenantes du régime de retraite fait partie intégrante de la structure de gouvernance. « Il faut communiquer clairement les objectifs du régime et faire preuve de transparence. Le fait de recalibrer les attentes des participants permet parfois d’adopter des politiques d’investissement plus adaptées. »

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