Frances Donald, RBC (Crédit photo: CFA Montréal)

L’économie canadienne devra continuer d’affronter de puissants vents de face en 2026, mais les consommateurs et les entreprises ont peut-être une perception un peu trop pessimiste de la situation, juge l’économiste en chef de RBC.

Lors d’un événement organisé par CFA Montréal la semaine dernière, Frances Donald a souligné que parmi l’ensemble des scénarios économiques élaborés par l’institution financière après l’annonce de l’imposition de tarifs douaniers par l’administration Trump en février 2025, c’est le plus optimiste de tous qui s’est réalisé. « Le pire scénario prévoyait une récession de deux ou trois ans et un taux de chômage atteignant 10 %. Or, le Canada a évité une contraction économique, la situation aurait pu être bien pire », a-t-elle soutenu.

Bien que le pays ne soit pas tiré d’affaire, et que la trajectoire de l’économie mondiale demeure hautement incertaine, Mme Donald trouve dommage que si peu de Canadiens croient à la résilience économique de leur pays. « Je me souviens d’un sondage qui indiquait que la moitié des Canadiens pensaient que le Canada était en récession. »

Le constat est le même du côté des entreprises, remarque l’économiste. « Lorsque je discute avec des chefs d’entreprises, ils me font part de préoccupations légitimes, notamment en matière de productivité. Mais lorsque je leur demande comment ça va pour eux, au sein de leur entreprise, ils me disent que ça va plutôt bien ! »

Lorsqu’elle voyage à l’extérieur du pays, notamment en Asie, Frances Donald constate chez les entreprises et les investisseurs un intérêt grandissant pour le Canada, grâce à ses ressources et sa stabilité politique. « Mais ce qu’on me dit, c’est que quand ils appellent au Canada, tout le monde est déprimé ! »

Ce qui fait dire à Mme Donald que « le Canada a besoin de discours d’encouragement ». Chez les consommateurs, elle estime que la perception négative généralisée face à l’économie canadienne provient en partie de la forte hausse du prix des aliments et du logement, malgré une inflation générale maintenant maîtrisée.

Elle souligne aussi qu’une part importante de la nouvelle épargne s’est concentrée dans le quintile de revenu supérieur en 2025, une tendance qui risque de s’accélérer dans le futur, croit-elle. « La perception des Canadiens en ce qui concerne le coût de la vie fait partie des plus grands risques pour l’économie, et pourrait même créer des problèmes sociaux. Il faudrait que les décideurs s’y penchent de plus près. »

Le cycle de baisse de taux tire à sa fin

Sébastien Mc Mahon, iA Gestion mondiale d’actifs
(Crédit photo: CFA Montréal)

Après quelques années d’assouplissement synchronisé de leurs politiques monétaires, la plupart des banques centrales ne réduiront pas leur taux d’intérêt cette année, ce qui inclut la Banque du Canada. Seule la Fed pourrait faire bande à part avec deux baisses supplémentaires en 2026, pour des raisons politiques et non économiques, croit Sébastien Mc Mahon, stratège en chef, économiste sénior et vice-président, allocation d’actifs et gestionnaire de portefeuille à iA Gestion mondiale d’actifs.

Panéliste lors du même événement, il est d’avis que les marchés boursiers pourraient encore offrir de bons rendements en 2026, quoiqu’inférieurs à ceux obtenus en 2025. Si les multiples de valorisation demeurent élevés au Canada et aux États-Unis, les attentes de croissances des bénéfices des entreprises sont elles aussi élevées. Les sociétés dans le secteur des ressources naturelles pourraient particulièrement bien faire cette année, juge M. Mc Mahon.

Lui aussi est d’avis qu’il faudrait stimuler la confiance des entreprises canadiennes, malgré l’incertitude. « Les dépenses dans le secteur de la défense vont contribuer à la croissance économique. Il faudrait inciter les entreprises à y investir », soutient M. Mc Mahon.