Depuis leur arrivée sur le marché canadien au milieu des années 2000, les fonds à date cible (FDC) gagnent en popularité auprès des participants et des promoteurs de régimes d’accumulation de capital (RAC). Un sondage de Towers Watson mené en 2012 auprès des promoteurs de régimes a en effet démontré que plus des deux tiers (68 %) des régimes offrent des FDC aux participants.
L’attrait et l’utilité des FDC sont maintenant bien connus. Les participants ont tendance à avoir une politique de placement trop conservatrice lorsqu’ils sont jeunes et que le capital accumulé est faible. Le revers de la médaille est qu’ils ont tendance à être trop audacieux lorsqu’ils sont plus âgés et que le capital accumulé est substantiel. De plus, la grande majorité des participants font preuve d’inertie et ne revoient pas leur politique de placement sur une base régulière. Les FDC visent donc à corriger ces lacunes. Ils sont également faciles à comprendre et à expliquer. Les participants n’ont qu’à choisir le fonds ayant la date cible la plus proche de leur année de retraite.
L’âge n’est pas le seul déterminant de la tolérance au risque
La question se pose : cela n’est-il pas trop simple ? Souhaitons-nous vraiment désigner les participants seulement par un numéro : l’année de leur retraite ?
L’hypothèse simplificatrice des FDC est que le seul déterminant de la tolérance au risque d’une personne est son âge. Or cela est foncièrement faux. Regardez autour de vous : vos amis, les membres de votre famille, etc. Croyez-vous que tous ceux qui ont à peu près le même âge que vous ont la même tolérance au risque? Poser la question, c’est y répondre.
La tolérance au risque d’une personne se compose de deux facteurs principaux :
- Capacité de prendre des risques : Selon la théorie financière, une personne doit tenir compte de sa situation économique et financière quand elle se construit un portefeuille de placements (p. ex., les plus jeunes peuvent prendre plus de risques puisqu’ils ont plus de temps avant la retraite pour compenser des pertes éventuelles).
- Attitude envers le risque : Même pour deux personnes autrement similaires, l’attitude envers le risque peut différer grandement. Un jeune participant peut avoir une grande tolérance au risque tandis qu’un autre peut se sentir embêté par les aléas du marché. Ainsi, la tolérance au risque est aussi marquée par des réactions subjectives.
Selon des études menées par des universitaires et des professionnels, quatre grands facteurs influencent les choix d’une personne et sa tolérance au risque : le capital humain, l’avoir net de la personne, les influences de vie et la gouvernance. Comme l’illustre la figure 1 ci-dessus, plusieurs éléments peuvent avoir un effet sur ces facteurs et par conséquent la tolérance au risque.
Examinons maintenant chacun de ces facteurs. Le capital humain permet d’évaluer le potentiel de gains d’un participant pour le reste de sa vie active. Ce paramètre est conditionné par divers facteurs, notamment le niveau de scolarité, les possibilités et la sécurité d’emploi. Le capital humain varie considérablement d’une personne à l’autre, et au fil du temps pour une même personne.
Un participant dont le capital humain est important a une capacité plus grande de prendre des risques de placement qu’un participant dont le capital humain est plus restreint. Il peut être difficile de paramétrer ces mesures d’éducation et d’emploi pour tous les participants. Cependant, il est possible d’utiliser le salaire actuel comme un indicateur du capital humain d’une personne.
Les influences de vie constituent probablement la catégorie la plus vaste et la plus étroitement liée aux autres facteurs. Plusieurs éléments, notamment la santé, le mode de vie et la situation familiale, entrent en jeu ici; par ailleurs, on pourrait simplement utiliser de grandes caractéristiques démographiques, comme l’âge et le sexe, aux fins d’évaluation. Comme mentionné ci-dessus, les participants plus jeunes sont plus à même de prendre des risques de placement que leurs collègues plus âgés parce qu’ils ont plus de temps pour procéder aux rajustements nécessaires si jamais des actifs risqués perdaient de la valeur. À mesure que la retraite approche, les participants composent habituellement moins bien avec les types d’actif plus volatils. De plus, selon les études, l’attitude par rapport au risque semble être différente selon le sexe de la personne.
L’avoir net a un effet direct sur la tolérance au risque. Plus l’avoir net du participant est élevé, plus sa marge de manœuvre sera grande pour rajuster son épargne à la lumière des pertes liées aux actifs risqués. Les études indiquent aussi une corrélation entre l’avoir net et les connaissances financières. En général, le niveau de connaissances financières est proportionnel à la tolérance au risque. Dans un monde idéal, le bilan personnel complet du participant servirait à évaluer ce facteur; il comprendrait tout l’actif et tout le passif, en dehors du capital accumulé dans un RAC (y compris l’actif immobilier et le passif hypothécaire connexe). Dans la pratique, il est peu probable que ces données soient facilement accessibles. Le fiduciaire du RAC doit adopter un modèle fondé sur des données accessibles. À notre avis, les meilleurs indicateurs de l’avoir net sont la taille du compte d’épargne-retraite et le salaire actuel.
La gouvernance est peut-être le facteur le plus difficile à mesurer de façon satisfaisante. Des niveaux plus élevés de gouvernance personnelle (meilleures connaissances financières et plus de temps consacré à la planification de la retraite) devraient permettre de prendre plus de risques. Dans le cadre d’un exercice relativement simple de segmentation à l’échelle du régime, les démarches en matière de participation (comme les questionnaires) visant à évaluer le niveau de gouvernance des participants sont souvent peu pratiques. Le montant des cotisations pourrait être utilisé comme indicateur financier pour le facteur de gouvernance. Ceux dont le montant des cotisations est supérieur aux minimums requis sont susceptibles de manifester un plus grand intérêt pour les questions de retraite et, de ce fait, d’être plus enclins à adopter des options de placement plus risquées.
D’autres éléments peuvent être également considérés en plus de ces quatre facteurs de risque génériques si cela semble pertinent à l’analyse. Ainsi, dans une entreprise où différents types de tâches sont effectuées à différents endroits (et où les employés ont des antécédents académiques ou des échelles salariales différentes), la segmentation par lieu d’emploi peut être une mesure utile de la capacité à prendre des risques.
Répondre aux besoins des employés
Les participants sont au cœur des RAC. Il est très difficile pour le fiduciaire de définir une stratégie efficace de placement et de participation sans une connaissance et une compréhension approfondies de la population qui en fait partie. D’ailleurs les lignes directrices pour les RAC de l’Association canadienne des organismes de contrôle de régimes de retraite (ACOR) stipulent que les répondants doivent mettre en place une offre de choix de fonds qui répond aux besoins de leurs employés.
Une somme pondérée des quatre facteurs de risque peut servir à mesurer la tolérance au risque de chaque participant. Si les fiduciaires tiennent compte de tous ces facteurs, ils sont plus en mesure de comprendre la structure de leur groupe de participants à l’égard du risque. Cette analyse, fondée sur des règles générales, ne s’appliquent qu’à des groupes et non à un participant donné.
Il se peut que, pour certains groupes, l’évolution de la tolérance au risque ressemble à l’évolution de l’exposition au risque des FDC. Par contre, pour d’autres groupes, d’autres facteurs que l’âge sont prédominants, et des fonds de répartition de l’actif seraient plus appropriés. Cette compréhension devrait leur permettre de non seulement concevoir des options de placement mieux adaptées, mais également de mieux cibler leur communication aux participants. Parmi les conséquences souhaitées, on trouve un taux d’engagement plus élevé et un meilleur niveau de revenu à la retraite.
Gilles Lavoie et Carl Wiseman sont conseillers principaux, Investissement chez Towers Watson.
