Entre les contraintes budgétaires, le vieillissement démographique, l’inflation et les infrastructures qui se détériorent, l’État a de plus en plus de mal à remplir toutes ses missions. Un constat inquiétant pour les citoyens, qui peinent à obtenir les services dont ils ont besoin, mais aussi pour les entreprises, qui doivent naviguer dans un contexte social et économique plus fragile, donc moins favorable à leur rentabilité.

Dans cette édition d’Avantages, on a cherché à savoir si les employeurs pourraient venir à la rescousse de l’État en intervenant davantage dans certains domaines par le biais de leurs régimes de retraite et d’avantages sociaux.

En santé, par exemple, cet article nous fait réaliser à quel point les employeurs ont élargi les mesures de soutien qu’ils offrent à leurs travailleurs au cours des dernières années. Alors qu’il n’y a encore pas si longtemps, les régimes d’avantages sociaux se contentaient essentiellement de rembourser des réclamations liées aux médicaments, aux soins dentaires et aux services paramédicaux, ils proposent aujourd’hui des programmes de santé et mieux-être holistiques couvrant un vaste éventail de besoins en matière de santé.

Face à un système public qui ne suffit plus à la tâche, bien des employeurs cherchent à aider leurs travailleurs à avoir accès à des soins de première ligne plus rapidement, via notamment les soins de santé virtuels ou les services de consultation en santé mentale.

Ces nouveaux services intégrés aux avantages sociaux sont hautement appréciés par les employés et contribuent à réduire l’absentéisme, voire les congés d’invalidité, dans les organisations. Mais permettent-ils réellement de soulager un système public sous forte pression ? La réponse est moins simple.

À première vue, les travailleurs qui reçoivent des soins de santé en télémédecine ou dans des cabinets privés contribuent à désengorger le système public. Toutefois, des experts s’inquiètent que les services privés de santé drainent les ressources du système public, tout en créant une iniquité pour les citoyens n’ayant pas accès à ces services par leur employeur, des citoyens souvent en plus grande situation de vulnérabilité.

Comme des intervenants l’ont mentionné dans l’article, le rôle des employeurs et des assureurs est avant tout d’offrir des outils et de l’information qui aident les employés à accéder aux soins. La popularité grandissante des services de navigation dans les soins de santé illustre bien cette approche.

Un autre domaine où les employeurs pourraient mettre davantage d’énergie, c’est la prévention. Des 68 milliards de dollars que le gouvernement du Québec consacre à la santé annuellement, à peine 1,75 % est alloué à la prévention.

Le meilleur moyen de contrôler les dépenses en santé, autant pour le gouvernement que pour les entreprises, est pourtant d’éviter que les gens développent des maladies coûteuses à traiter. Les employeurs sont en position privilégiée pour agir en ce sens.

Sur un tout autre sujet, le Canada vit depuis quelques années une grave crise du logement qui engendre des problématiques autant économiques que sociales. Les grandes caisses de retraite canadiennes, qui détiennent des centaines de milliards de dollars d’actifs, pourraient-elles contribuer à la construction d’habitations ? C’est en tout cas le souhait du gouvernement fédéral, qui a demandé aux investisseurs institutionnels du pays d’investir davantage en immobilier résidentiel, et même dans le logement abordable, comme on l’apprend dans cet article.

Encore une fois, l’idée semble excellente sur papier.

Le pays a grand besoin de logements, et les caisses de retraite sont constamment à la recherche d’occasions pour investir leur actif et générer des rendements. Sauf que le Canada a surtout besoin de logements abordables, une catégorie de propriétés dont la rentabilité est souvent plus qu’incertaine. Or, les caisses de retraite ont des engagements à respecter envers leurs bénéficiaires. Est-ce que leurs participants seraient d’accord pour obtenir des rendements moins élevés si cela permettait à leurs concitoyens de se loger plus facilement ? Difficile à dire.

Des études menées ailleurs dans le monde ont également démontré qu’une incursion trop poussée des investisseurs institutionnels en immobilier résidentiel peut entraîner une hausse du prix des propriétés et des loyers.

Ces deux exemples montrent à quel point il peut être délicat pour des acteurs non gouvernementaux de s’attaquer à des problèmes sociétaux de grande ampleur sans en créer d’autres. En même temps, l’État ne parviendra pas à lui seul à relever tous les défis de notre époque. Les entreprises au climat de travail toxique et aux pratiques commerciales douteuses font souvent les manchettes, mais il existe aussi de bons dirigeants citoyens, des employeurs bienveillants qui se soucient réellement du bien-être de leurs employés et de leur communauté. Ceux-là font assurément partie de la solution.


• Ce texte a été publié dans l’édition d’avril-mai 2026 du magazine Avantages.
Vous pouvez également consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web
.