Le vieillissement de la population et la hausse de l’espérance de vie dans les pays développés constituent une véritable bombe à retardement pour les systèmes de retraite. De nombreux États doivent mettre en œuvre de vastes réformes, souvent très impopulaires auprès de la population, pour en assurer la pérennité. Même s’il ne fait pas face à une menace imminente, le système de retraite canadien ne pourra pas échapper éternellement à une certaine remise en question.

Les régimes de retraite par répartition, comme ceux de la ­France et de l’Italie, sont frappés de plein fouet par les changements démographiques puisque les cotisations des travailleurs actifs servent directement à payer les prestations des retraités. En ­France, il y a aujourd’hui seulement 1,7 travailleur par retraité, comparativement à 4 dans les années 70. Si rien ne change, le système de retraite français pourrait accumuler une dette de 470 milliards d’euros au cours des 20 prochaines années. Le pessimisme est d’ailleurs palpable : les trois quarts des ­Français estiment que leur système de retraite par répartition actuel aura disparu en 2050, selon un sondage publié dans ­Le ­Figaro plus tôt cette année.

Pour redresser la situation, il n’y a pas de solution miracle : il faut augmenter les cotisations et/ou retarder l’âge de la retraite. Plusieurs pays, comme le ­Royaume-Uni et les ­Pays-Bas, ont d’ailleurs déjà relevé l’âge auquel les retraités peuvent toucher le premier versement de leur rente publique. La ­Suède a même introduit un mécanisme d’indexation lié à l’augmentation de l’espérance de vie pour déterminer l’âge de la retraite. Bien que très difficiles à prendre d’un point de vue politique, ces décisions sont essentielles pour s’assurer que les futures générations de travailleurs puissent elles aussi toucher des rentes de retraite publiques.

Au ­Canada, les rapports actuariels de la pension de la ­Sécurité de la vieillesse (PSV), du ­Régime de pensions du ­Canada (RPC) et du ­Régime de rentes du ­Québec (RRQ) montrent que la viabilité de ces programmes n’est pas en danger. On peut d’ailleurs remercier les créateurs du ­RRQ et du ­RPC de leur clairvoyance en ayant misé à l’époque sur des régimes partiellement capitalisés, moins vulnérables aux mouvements démographiques. Les régimes supplémentaires du ­RRQ et du ­RPC, créés en 2019, sont même entièrement capitalisés, ce qui les rendra encore plus solides à long terme.

Au ­Canada, le problème se situe ailleurs : le faible taux de remplacement du revenu que procurent les régimes publics. Selon les données de l’OCDE, un travailleur canadien gagnant le revenu moyen au pays peut s’attendre à obtenir l’équivalent de 36,8 % de ce revenu par le biais des programmes publics de retraite. Il s’agit d’un ratio très faible en comparaison avec bon nombre de pays développés tels que le ­Royaume-Uni (41,9 %), la ­France (57,6 %), la ­Suède (62,3 %) ou l’Espagne (80,4 %).

Pour compenser cette contribution plutôt modeste des régimes publics, le système de retraite canadien repose sur trois piliers, le troisième étant constitué des régimes d’employeurs et de l’épargne personnelle. Or, ce troisième pilier s’est grandement effrité avec l’abandon des régimes à prestations déterminées (PD) par la plupart des employeurs du secteur privé.

La dernière édition de l’Indice ­Mercer ­CFA ­Institute sur les systèmes de retraite identifie d’ailleurs le faible taux de couverture des régimes de retraite en milieu de travail comme l’une des grandes lacunes du système de retraite canadien. Le rapport note également que dans un contexte de hausse de l’espérance de vie, les pouvoirs en place devraient favoriser une hausse des taux d’activité à des âges plus avancés.

Si un des piliers ne remplit plus sa fonction, c’est tout le système qui pourrait s’écrouler. La pérennité des régimes publics canadiens n’est pas en danger, mais nous ne sommes pas à l’abri d’une forte baisse du niveau de vie des aînés, ce qui aurait de graves conséquences sur l’ensemble de l’économie. Les écarts de revenus éventuels entre les retraités du secteur public, qui disposent encore majoritairement de régimes ­PD, et ceux du secteur privé pourraient également faire naître des tensions sociales.

Plusieurs questions doivent donc se poser. Comment ­peut-on encourager les employeurs à assumer de nouveau leurs responsabilités en matière de retraite ? ­Si on n’y parvient pas, ­faudra-t-il adopter une approche plus coercitive en les obligeant à cotiser, comme c’est le cas au ­Royaume-Uni ? ­Faudrait-il bonifier de nouveau le ­RRQ et le ­RPC ? ­Et ­serait-il temps de reconsidérer un relèvement de l’âge de la retraite ?

Contrairement à certains pays européens au bord du précipice, le ­Canada a le luxe d’avoir du temps devant lui pour réfléchir à l’avenir de son système de retraite et trouver les bonnes réponses à ces questions. Mais il ne faudrait quand même pas trop tarder.


• Ce texte a été publié dans l’édition de décembre 2025 du magazine Avantages.
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