La forte dégradation des relations entre le Canada et les États-Unis depuis la réélection de Donald Trump ne fait pas broncher les grandes caisses de retraite canadiennes, qui continuent d’investir massivement au sud de la frontière.
Ensemble, les huit plus grandes caisses de retraite canadiennes (Maple Eight) détiennent collectivement 1 000 G$ de dollars d’actifs américains.
Le Régime de pensions du Canada (RPC) alloue presque la moitié (47 %) de son actif total de 780,7 milliards de dollars aux États-Unis, rapporte CBC. À titre comparatif, seulement 13 % de son portefeuille est constitué d’actifs canadiens. Cette répartition d’actif est demeurée la même depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Le poids des actifs américains est encore plus grand dans le portefeuille d’OMERS, atteignant 55 % du total.
La répartition d’actif de la Caisse de dépôt et placement du Québec est un peu plus équilibrée, avec 38 % d’investissements américains, contre 30 % au Canada et 32 % ailleurs dans le monde.
Trois caisses de retraite du Maple Eight détiennent néanmoins davantage de placements canadiens qu’américains : le régime de retraite des employés du secteur de la santé de l’Ontario (50 % comparativement à 27 %), le régime de retraite des enseignants de l’Ontario (36 % comparativement à 33 %) et l’Alberta Investment Management Corporation (40,5 % comparativement à 36,5 %).
Le RPC se défend en soulignant la perspective d’investissement à long terme de la caisse de retraite. « Nous ne nous laissons pas facilement déstabiliser par l’actualité ni par les cycles économiques ou électoraux, même si nous surveillons de très près les turbulences afin d’éviter les risques excessifs », a expliqué à CBC le porte-parole du RPC, Michel Leduc.
L’organisation affirme également que son exposition aux actifs américains demeure inférieure à celui de certains indices mondiaux tels que le MSCI World.
L’économiste et sénateur Clément Gignac croit néanmoins que le contexte d’incertitude au sud de la frontière et l’émergence de nouvelles possibilités d’investissement au Canada pourrait pousser les investisseurs institutionnels à réévaluer leur répartition d’actif. « Le rapport risque/rendement a évolué aux États-Unis, et c’est pourquoi, à mon avis, les caisses de retraite canadiennes réévaluent actuellement leur exposition au marché américain », a-t-il indiqué à CBC.
Les dirigeants du Maple Eight ont rencontré le ministre des Finances François-Philippe Champagne en début d’année pour discuter de nouveaux projets nationaux dans lesquels les caisses de retraite canadiennes pourraient investir. Depuis plusieurs années, des investisseurs institutionnels canadiens ont par exemple manifesté leur intérêt pour investir dans les aéroports du pays, ce qui est impossible à l’heure actuelle.
En 2024, 91 dirigeants d’entreprises et leaders syndicaux avaient signé une lettre pour demander à Ottawa de mettre en place des incitatifs pour les caisses de retraite qui investiraient une plus grande part de leur actif au pays.