L’Institut Fraser met en garde contre une orientation contrainte des investissements des caisses de retraite canadiennes vers l’économie nationale.

Contraindre les caisses de retraite canadiennes à privilégier les placements domestiques pourrait se retourner contre les intérêts mêmes des retraités, avertit l’Institut Fraser.

Ottawa a clairement manifesté sa volonté d’encourager les régimes de retraite à consacrer une part plus importante de leurs actifs à l’économie canadienne. Mais selon un rapport de l’Institut Fraser, intitulé The debate over canadian pension funds’ domestic investments, une telle contrainte aurait plusieurs effets pervers.

D’abord, fixer des seuils minimaux d’investissement national compromettrait l’efficacité des portefeuilles d’actions à l’échelle mondiale. Les gestionnaires seraient encadrés par des balises susceptibles de les détourner des meilleures occasions de rendement sur les marchés internationaux.

Concrètement, ce serait l’équivalent d’une taxe déguisée sur les retraites, avec des répercussions politiques potentiellement significatives, selon l’Institut Fraser. Si une telle contrainte avait été en vigueur sous le gouvernement de Justin Trudeau, les retraités canadiens auraient perdu l’équivalent de 73 % des rendements générés par les actions cotées en bourse, par rapport à ce qu’auraient rapporté des placements aux États-Unis sur la même période.

Toutefois, l’Institut Fraser reconnaît que certains segments de l’économie canadienne offrent de réelles occasions pour les caisses de retraite. En matière de capital-risque et de capital-investissement, les placements domestiques surpassent nettement leurs équivalents étrangers : le taux de rendement interne (TRI) moyen des investissements nationaux s’établit à 25,8 %, contre seulement 4,9 % pour les placements à l’étranger. Le TRI médian des fonds de capital-risque canadiens atteint 14,8 %, soit près de quatre fois celui des fonds étrangers comparables, fixé à 3,6 %.

Pour autant, ces performances ne justifient pas une règle d’investissement national, nuance l’Institut Fraser. Les bonnes occasions restent limitées au Canada, et imposer de telles contraintes irait à l’encontre de la liberté contractuelle des parties et de l’efficacité globale des portefeuilles.