« Le dernier chaînon à attacher pour passer d’un régime d’épargne à un vrai régime de retraite, c’est le décaissement. Il faut enlever la barrière entre ce qui se passe avant la retraite et ce qui se passe après la retraite », lance d’emblée Dany Pineault, conseiller principal, consultation en régimes de capitalisation à Aon Hewitt. Il existe trois grandes catégories d’options de décaissement, soit : le montant forfaitaire (retrait complet), les rentes viagères et les retraits programmés (FRV au Canada).
Lorsqu’on met un système règlementaire en place pour encadrer ces différentes options, plusieurs aspects doivent alors être pris en considération : l’efficacité et la flexibilité de l’utilisation de l’argent, les risques (longévité, investissement et autres), l’administration, l’impact sur les programmes sociaux et la question de l’héritage. « Dans un monde idéal, on voudrait encourager la mise en place d’un modèle institutionnel fort dans lequel les participants auraient accès à un niveau de frais comparable à celui durant leur période active, tout en offrant un compromis entre la flexibilité, la gestion du risque, l’encadrement des participants, et bien sûr la responsabilité des promoteurs et des fiduciaires », soutient Éric Tardif, conseiller principal, conseils en gestion de placements et consultation en régimes de capitalisation à Aon Hewitt.
Le décaissement constitue un enjeu majeur dans le monde entier. Et d’un pays à l’autre, les législations varient énormément. Les Australiens par exemple ne bénéficient pas des mêmes avantages fiscaux que les Canadiens tout au long de la période d’accumulation, mais les retraits ne sont pas imposés, un peu à l’image de notre CELI.
« Comme il n’y a aucune contrainte en ce qui concerne les retraits, plus de 50 % des gens retirent toute leur épargne à l’âge de la retraite. Ça diminue énormément les chances d’avoir un revenu de retraite jusqu’au décès et ça amène une problématique où certaines personnes utilisent tout leur argent avant l’admissibilité à la rente gouvernementale afin de maximiser cette dernière », explique Dany Pineault. À l’autre bout du spectre, le Royaume-Uni obligeait jusqu’à tout récemment les participants à faire l’acquisition d’une rente. À partir d’avril 2015, toutefois, une nouvelle législation supprimera toutes les contraintes et laissera le choix aux participants du mécanisme de décaissement qu’ils souhaitent utiliser. « Au Canada, il existe une certaine flexibilité, cependant il serait intéressant de développer de nouveaux produits qui intègreraient à la fois des éléments de rente (immédiate ou différée) et du FRV », suggère Éric Tardif.
Mais peu importe les produits offerts, c’est l’accompagnement des participants à l’âge de la retraite, moment où ils en ont particulièrement besoin, qui demeure probablement le plus grand défi. Selon M. Tardif, l’objectivité des conseils financiers prodigués aux participants devrait être une préoccupation majeure pour l’ensemble des intervenants de l’industrie. « Le mode de rémunération des conseillers ne permet pas d’avoir des conseils totalement objectifs. L’idéal serait de créer une structure de planificateurs financiers complètement indépendante du réseau de la vente pour que les participants soient pris en charge avec une planification objective », soutient-il, en ajoutant que conseillers, promoteurs, gouvernements, participants et fournisseurs de services ont tous un rôle à jouer dans l’élaboration de solutions de décaissement plus efficientes.