En dépit d’une baisse significative des taux d’intérêt et d’un quatrième trimestre marqué par la chute du prix du pétrole, l’année 2014 a été plutôt positive pour les caisses de retraite et les gestionnaires de portefeuille canadiens. Les actifs de caisses de retraite gérés par les 40 plus importants gestionnaires de fonds au pays se sont appréciés de 9,8 % pour atteindre 728,7 milliards de dollars en date du 31 décembre 2014, selon le plus récent sondage d’Avantages.
« Tout le monde a fait de l’argent en 2014, même si la baisse des taux d’intérêt a été difficile pour les caisses de retraite », indique d’emblée François Bourdon, chef des solutions de placements à Fiera Capital. En effet, alors que bon nombre d’observateurs s’attendaient à une remontée des taux en 2014, c’est tout le contraire qui s’est produit. « On a même vu des taux d’intérêt négatifs dans la zone euro, ce qui est exceptionnel », ajoute Charles Lefebvre, chef des placements à Optimum Gestion de Placements.
Cela dit, les nouvelles sont meilleures du côté des actions. Même si les marchés boursiers n’ont pas été aussi généreux qu’en 2013, les actions ont tout de même offert de solides rendements en 2014, mentionne Patrick Desrosiers, vice-président et directeur, gestion relationnelle à Gestion de Placements TD. Grâce au repli du dollar canadien, le rendement des actions américaines a atteint environ 24 % pour les investisseurs canadiens. Malgré un dernier trimestre plombé par la chute du prix du pétrole, la Bourse canadienne a pour sa part donné un rendement de plus de 10 %. « La dévaluation de la devise a été positive pour les investissements aux États-Unis et négative à l’internationale », fait remarquer M. Desrosiers. À l’internationale, les marchés boursiers ont été plus faibles, les actions EAEO (Europe, Australasie et Extrême-Orient) ayant affiché un rendement d’environ 4 % pour l’année 2014.
En ce qui concerne l’économie américaine, les prévisions de François Bourdon réflètent l’optimisme. « La hausse de la consommation des citoyens américains, une plus grande accessibilité au crédit, la création d’emplois et la hausse du salaire minimum annoncée par plusieurs grandes entreprises laissent entrevoir une croissance forte qui va se manifester sur les marchés boursiers », soutient-il.
Charles Lefebvre ne partage pas cet enthousiasme et affirme être inquiet par rapport au marché américain. « Le PIB a été gonflé artificiellement par des mesures gouvernementales. On ne connaît pas vraiment la valeur réelle de la Bourse américaine », constate-t-il. Selon lui, la Bourse canadienne pourrait même faire mieux dans deux ou trois ans. « L’indice a déjà été fortement déprécié par la chute du prix du pétrole, le potentiel de croissance est peut-être plus grand », estime-t-il.
Selon Patrick Desrosiers, les investisseurs devront anticiper plus de mouvement sur les marchés, après un épisode de volatilité relativement faible dans les 10 à 12 %. « On doit s’attendre à une augmentation de la volatilité, qui devrait revenir à un niveau plus normal, autour de 15 à 20 %. Il va aussi falloir baisser nos attentes de rendements, qui ne resteront pas dans les deux chiffres », croit-il.
Moins d’actions canadiennes, plus de placements alternatifs
Amorcée il y a plusieurs années déjà, la tendance des caisses de retraite à vouloir diminuer leur exposition en actions canadiennes s’est confirmée en 2014.
« Beaucoup de régimes réduisent leur répartition en actions canadiennes et se tournent vers les actions mondiales », note Patrick Desrosiers. « Les actions canadiennes ne sont pas forcément remplacées par d’autres actions, mais souvent par d’autres catégories d’actif », affirme pour sa part François Bourdon.
Car la préoccupation constante des régimes de retraite à diminuer et diversifier les risques trouve écho dans l’intérêt grandissant pour les placements alternatifs. « Il y a une réelle volonté des caisses de retraite à réduire le risque des placements traditionnels sans pour autant augmenter le risque global », explique Charles Lefebvre.
« L’intérêt marqué pour les actifs non liquides en immobilier, en infrastructure et en prêts directs ne se dément pas et va se matérialiser encore plus au cours des prochaines années. C’est une grosse composante chez nous. Nos clients apprécient la stabilité perçue de ces actifs, en dépit du risque de liquidité », soutient François Bourdon.
De l’avis de Patrick Desrosiers, les caisses de retraite démontrent aussi une volonté à diversifier leurs sources de rendements au sein même des placements alternatifs. « Avant, quand on parlait de placements alternatifs, on parlait essentiellement d’immobilier. Maintenant, on remarque un intérêt grandissant pour les infrastructures. »
La diminution de la proportion allouée aux actions dans les caisses de retraite s’explique aussi par la popularité toujours grandissante des stratégies d’investissement guidé par le passif (IGP). « Avec les faibles taux d’intérêt, les promoteurs sont plus hésitants à ajouter des obligations dans leur portefeuille. Mais ce serait le bon moment pour les promoteurs de penser à mettre en place une stratégie d’IGP afin de profiter des opportunités si les taux d’intérêt augmentent ou si la situation financière du régime s’améliore », mentionne Patrick Desrosiers.
Cette recherche de diversification ne profite toutefois pas à toutes les catégories d’actifs. Les fonds de couverture, par exemple, ont du mal à séduire les caisses de retraite. « Il n’y a pas beaucoup de demandes pour les fonds de couverture. Les caisses de retraite ne sont pas à l’aise avec ces fonds et sont méfiantes face à leur manque de transparence et leur frais élevés », indique M. Desrosiers. Inversement, les actions à faible volatilité et les stratégies axées sur les dividendes ont le vent en poupe.
Créativité et innovation à la rescousse
La disparition progressive des régimes de retraite à prestations déterminées (PD) au profit des régimes à cotisation déterminée (CD) n’est pas sans conséquence sur les activités des gestionnaires de fonds.
« L’industrie des régimes PD est en décroissance, mais la diminution est graduelle », tempère François Bourdon. Fiera Capital mise sur le secteur de l’IGP et le développement du marché de détail (fonds communs de placement, etc.) pour faire face au changement. « On cherche à faire évoluer notre offre pour être en mesure de garder nos clients dans le contexte d’évolution des régimes PD vers les régimes CD », soutient-il.
« Peu importe le type de régime, c’est de l’argent qu’on gère quand même. La différence est dans les stratégies employées. On pourrait être amené à gérer avec des durées plus courtes par exemple », affirme de son côté Charles Lefebvre.
Patrick Desrosiers estime pour sa part que l’évolution du marché des régimes de retraite pousse les gestionnaires à développer de nouveaux produits pour les différents types de régimes. « À la base, les régimes PD et CD ont les même objectifs, c’est la tolérance au risque qui est très différente, explique-t-il. Le pire qui peut arriver pour un participant d’un régime CD, c’est de perdre de l’argent. Il ne compare pas son rendement personnel à l’indice de référence. »
Dans ce contexte, l’utilisation de produits dérivés comme police d’assurance pour protéger les gains et prévenir les grandes pertes potentielles, de même que les stratégies axées sur la faible volatilité, sont des avenues que ne manqueront pas d’explorer les gestionnaires de fonds. Car en gestion de placements aussi, la créativité et l’innovation sont garants de l’avenir.
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