Le sondage mené par Avantages indique que 40 % des employeurs qui offraient un régime de retraite à prestations déterminées ont fermé leur régime, ce qui n’étonne pas Philippe Toupin. « En général, les employeurs veulent prendre moins de risques. Ils veulent se désengager dans l’accompagnement des individus sur le montant qui leur sera versé à la retraite. Dans un souci de meilleure gestion de leurs états financiers, ils envisagent tous les moyens pour favoriser la répartition des coûts avec leurs employés. Le Canada est quand même très en retard sur ce que nous observons ailleurs dans le monde. Il y a encore beaucoup d’actifs dans des régimes à prestations déterminées. Les régimes à cotisation déterminée répondent toutefois mieux aux prérogatives des employeurs. »

Les répondants au sondage ont indiqué avoir ajouté un régime de retraite à cotisation déterminée (32 %) ou un REER collectif (31 %) à leur offre d’avantages sociaux. « Les régimes à prestations déterminées sont remplacés par des CD ou des REER collectifs, mais les taux de cotisation ont été très peu augmentés, indique Janick Chouinard. L’industrie est en train de s’attaquer à cette tendance en multipliant les communications aux employés pour leur expliquer les besoins à leur retraite. Au cours des prochaines années, c’est sur l’augmentation des cotisations que l’industrie devra se concentrer car nous voyons que ce n’est pas nécessairement une priorité pour les employeurs. »

Par ailleurs, le sondage révèle que la plupart des répondants qui offrent un régime de retraite à prestations déterminées (PD) ont mis en place un programme de gestion de risques ou ont l’intention d’en mettre un en place, notamment le rééquilibrage de la répartition des actifs au profit des obligations (42 % des 23 répondants à la question) et l’établissement formel d’un itinéraire de retraite (23 % des 23 répondants). « J’imagine que ces répondants sont des promoteurs dans le milieu corporatif, indique Étienne Dubé, vice-président chez Phillips, Hager & North. Un très grand nombre de nos clients est actuellement en mode de gestion de risques. L’itinéraire demeure une stratégie fréquemment employée. »

La plupart des panelistes ont été surpris de constater que 23 % des répondants au sondage estiment que le Québec tire de l’arrière par rapport aux autres provinces canadiennes en matière de réforme des régimes de retraite. « Sur le plan contextuel, le Québec est en avance avec les différentes options offertes et les mesures prises comme la mise en place des RVER » précise Jean-François Pelletier.

Le RVER (Régime volontaire d’épargne-retraite est un bon exemple de l’avant-gardisme québécois, ajoute Philippe Toupin. « Le Québec s’est assuré de proposer un outil plus pertinent que ce qui est proposé dans les autres provinces, dit-il. Si nous observons ce qui s’est produit dans les autres pays qui offrent la même chose, nous pouvons penser que le droit de retrait s’opèrera dans une moins grande proportion. Finalement, le Québec s’est assuré d’avoir un outil qui aura une plus grande portée que ce qui se fera dans les autres provinces. »

Malgré les récents changements apportés dans les régimes de retraite, Philippe Toupin constate que la retraite est un domaine dans lequel il est difficile d’apporter des changements. « Souvent, les employeurs comparent le conseil qui leur sont donné à ce que d’autres employeurs offrent et constatent que cela les met en position désavantageuse pour la rétention des employés, explique-t-il. Il y a donc une sorte d’inertie implicite à apporter des changements ou de l’innovation dans les régimes de retraite. »

Un des principaux défis concernant la retraite est de la promouvoir auprès des jeunes travailleurs. « Il faut constamment adapter notre discours en fonction de l’âge des participants, souligne Jean-François Pelletier. C’est facile pour une personne de 40 ou 50 ans de s’intéresser à son régime de retraite mais le défi de l’industrie est de captiver l’attention des gens de 20, 25 ou 30 ans, même si ce n’est pas le sujet le plus attirant pour eux. C’est pourtant à ce moment-là qu’ils devraient maximiser leur épargne ! » Marc Trépanier croit que ce défi passe par un volet conseil personnalisé. « Les gens ont plus envie de faire confiance que de comprendre, dit-il. Il y aurait peut-être lieu de mettre plus d’accent sur le volet conseil individualisé. »

Meilleure gestion des risques

Au chapitre des investissements, 31 % des répondants au sondage ont déclaré n’avoir effectué aucun changement dans leurs stratégies de placement au cours des 25 dernières années. « Je suis très étonnée de ce résultat, d’autant plus que 25 % n’ont pas donné de réponse à la question, a commenté Christine Girvan, directrice générale et responsable des ventes chez MFS. Dans nos conversations avec les promoteurs de régimes PD en particulier, il apparait qu’un grand nombre d’entre eux ont mis en place une gestion plus rigoureuse du risque au cours des cinq dernières années avec pour objectif un meilleur appariement du passif et de l’actif, ainsi que la réduction de la volatilité des contributions au régime. En effectuant ces changements, ces régimes ont souvent adopté une répartition plus importante en obligations. Dans le cas des régimes de capitalisation, les promoteurs simplifient de plus en plus le processus de placement pour les participants en offrant des fonds axés sur une date d’échéance. »

Le défi de communication concerne autant les promoteurs de régime que les participants, constate Jean-François Pelletier. « Les responsables des régimes chez nos clients ne sont pas nécessairement des experts en placement, dit-il. Nous le constatons dans les résultats du sondage alors que 65 % des répondants affirment se fier sur le rendement antérieur pour choisir un gestionnaire de portefeuille. C’est inquiétant car cela dénote un certain manque de compréhension. »

Le sondage révèle par ailleurs que 73 % des répondants n’offrent pas de produits de décaissement et n’ont pas l’intention d’en offrir. « Je ne suis pas surpris, mais je suis déçu, indique Jean-François Pelletier. Nous voyons des régimes CD qui arrivent à maturité avec une population qui a accumulé des sommes importantes, et il est inquiétant de constater que de nombreux participants seront laissés à eux-mêmes pour gérer la prochaine étape de leur vie financière. Même si je peux comprendre les employeurs qui ne veulent pas prolonger leur responsabilité fiduciaire au-delà de la retraite, c’est dommage car il existe d’excellents produits sur le marché qui combleraient facilement et efficacement ce besoin. »

Même si des stratégies de décaissement sont offertes, il n’est pas évident qu’elles intéresseront les entreprises. « Est-ce que ce sera encore un enjeu d’encourager les gens à partir à la retraite, comme cela l’a déjà été, ou est-ce que les employeurs voudront les garder plus longtemps ? », questionne Janick Chouinard. « Tant que les promoteurs ne verront pas d’incitatifs liés aux produits de décaissement, que ce soit en matière de rétention ou d’attraction du personnel, le développement de ces produits ne se fera pas, ajoute Étienne Dubé. Pourtant, l’industrie devrait être rendue là ! »

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