Le dollar américain baissera à plus long terme, mais pour le moment, il restera relativement stable, prévoient les experts de Desjardins
À la suite du sommet connu par le billet vert en novembre 2008, la correction «exagérée» de décembre l’a entraîné à la baisse, ont déclaré François Dupuis, vice-président et économiste en chef, et Martin Lefebvre, économiste principal, chez Desjardins Études économiques.
Toutefois, les efforts des autorités monétaires américaines (ex.: la Réserve fédérale a abaissé son taux directeur entre 0% et 0,25%, les plus faibles taux jamais enregistrés), le plan Paulson, ainsi que le plan de relance économique de l’administration Obama donnent espoir que l’économie reprendra de l’élan au deuxième semestre de 2009. Cela a permis au billet vert de remonter entre la fin décembre et aujourd’hui.
À plus long terme, la hausse monumentale de la dette du gouvernement américain exercera des pressions à la baisse sur le billet vert, mais la situation actuelle semble encore favoriser le dollar américain. Deux thématiques sont à surveiller:
1. Situation économique encore fragile
Avec peu d’indications d’une stabilisation du secteur bancaire, l’incertitude financière et économique continuera à profiter au billet vert compte tenu de son statut de valeur refuge.
De plus, le marché immobilier américain s’érode encore, et les pertes considérables d’emplois pourraient porter le prix des maisons à des niveaux encore plus bas, chutant à 15% sous son niveau d’équilibre.
2. L’Europe s’enfoncera bientôt
Aux États-Unis, le premier semestre de 2009 s’annonce critique, surtout sur le plan économique. Toutefois, puisque les autorités monétaires et gouvernementales américaines ont déjà bien entamé les mesures d’assouplissement monétaire et fiscal, le pays de l’Oncle Sam pourrait sortir plus rapidement de la crise que certains autres pays industrialisés, mais sans grand éclat.
Quant aux devises européennes, elles sont en mauvaise posture. Le faible niveau de la livre sterling montre que le marché compte beaucoup sur l’assouplissement monétaire et fiscal pour contrer les problèmes que connaît l’économie britannique.
Par ailleurs, «l’euro, la devise la plus en vogue pour contrer le dollar américain, est encore plus à risque à court terme. La Banque centrale européenne (BCE) maintient les taux directeurs les plus élevés des économies du G7, et les dirigeants montrent peu d’enthousiasme face à la nécessité d’abaisser plus agressivement les taux. Dans les faits, l’économie est au bord du gouffre, et un euro fort n’aide en rien leur cause. […] La convergence des taux directeurs, possiblement sous 1 % en première moitié de 2009, rapprochera l’euro à son creux de 2008», expliquent MM. Dupuis et Lefebvre.
Le huard pourrait battre de l’aile à court terme
La vigueur prévue pour le dollar américain dans les prochains mois pourrait entraîner une dévalorisation du dollar canadien. «La paire USD/CAD pourrait tester à nouveau 1,30$ CAN d’ici la fin du premier trimestre», affirment François Dupuis, vice-président et économiste en chef, et Martin Lefebvre, économiste principal, chez Desjardins Études économiques.
Outre une demande mondiale en pétrole en perte de vitesse qui risque d’entraîner les cours du brut à des niveaux encore plus faibles dans les prochains mois, le sort du huard dépendra surtout de la reprise économique au Canada et de la progression de la demande pour les matières premières. Du côté économique, la Banque du Canada (BDC) indique que les prévisions trimestrielles de croissance des ventes des entreprises et de situation de l’emploi ont fortement chuté.
En outre, «l’ouest du pays semble particulièrement souffrir de l’effondrement des prix des matières premières, ce qui est particulièrement bien illustré par la chute marquée des prix des maisons. Dans ces conditions, la BDC n’aura d’autre choix que de poursuivre l’assouplissement de sa politique monétaire, une situation défavorable au huard», indiquent MM. Dupuis et Lefebvre.
Cependant, le dollar canadien pourrait aussi se ressaisir en 2009. Puisque les tensions financières continueront à se résorber dans les prochains mois, les politiques monétaires des pays industrialisés pourront avoir plus d’impact sur la reprise économique. Avec les prix des matières premières énergétiques et non énergétiques à des niveaux très faibles, une augmentation de la demande pourrait rapidement hausser les prix des ressources naturelles.