Selon deux récentes études menées par Mercer, la majorité des entreprises canadiennes adoptent pour 2009 une attitude prudente en matière de réduction des effectifs, de baisse de la rémunération et des avantages sociaux et de modifications importantes aux régimes de retraite. Les employeurs semblent réagir de manière réfléchie aux défis sur le plan du capital humain que pose le ralentissement économique mondial.
Dans un sondage mené à la fin janvier 2009 sur la planification du budget d’augmentation des salaires, près de 70% des employeurs affirment ne pas prévoir de gel des salaires en 2009. Chez ceux qui ont l’intention d’accorder des augmentations de salaire, la hausse moyenne sera de 3,1%, en baisse par rapport à l’augmentation moyenne de 3,5% signifiée en octobre 2008 et à la hausse prévue de 3,8% indiquée en août 2008.
En tenant compte des entreprises qui imposent un gel des salaires (17%), l’augmentation de salaire moyenne prévue sera de 2,6%.
«Globalement, il y aura sûrement un refroidissement dans le budget des salaires, mais il n’y a pas encore de gel pour le moment», déclare Georges Cabana, membre du partenariat national de Mercer.
L’enquête En ces temps sans précédent de Mercer, menée à l’échelle mondiale en novembre 2008, a permis d’obtenir des réponses de plus de 1000 professionnels des ressources humaines et des finances exerçant des activités dans plus de 100 pays. Elle englobait 176 entreprises canadiennes, à qui l’on a demandé de prédire leur rendement financier de 2009 et la manière dont elles réagiront à la situation économique actuelle.
À l’échelle mondiale, 81% des répondants s’attendent à un fléchissement du rendement commercial et financier de leur société en 2009 par rapport à 2008. De la même façon, au Canada, 78% des participants estiment qu’un déclin de leur chiffre d’affaires est probable ou très probable. Malgré des perspectives financières décevantes, le sondage révèle que la plupart des entreprises se sont gardées, du moins jusqu’à maintenant, de prendre des mesures radicales et généralisées telles que des compressions massives de personnel, un gel étendu des salaires, la suppression de certaines protections de soins de santé et la réduction des cotisations aux régimes de retraite à cotisations déterminées.
Réductions de personnel ou réductions stratégiques des coûts
Un quart des répondants canadiens à l’enquête s’attend à procéder à une réduction substantielle des effectifs, comparativement à un tiers de l’échantillon total de l’enquête mondiale. Compte tenu de l’ampleur anticipée du ralentissement, il s’agit d’une réponse relativement prudente. Les estimations de réductions d’effectifs varient d’un secteur à l’autre et 58% des répondants du secteur canadien de la fabrication s’attendent à des réductions.
Si de nombreux employeurs envisagent de restreindre l’embauche en général, de réduire les augmentations de salaire en 2009 et de diminuer le montant des primes annuelles, ils prévoient également continuer à engager des ressources pour combler les lacunes dans les domaines de compétences clés et maintenir les cotisations patronales aux régimes de retraite.
«Les stratégies visant à garder les employés et l’embauche sélective de ressources clés doivent demeurer des priorités de premier ordre, a déclaré Georges Cabana. Les trois quarts des répondants canadiens affirment qu’ils comptent engager les meilleurs talents en fonction des niveaux prévus initialement, ce qui contraste avec la constatation que près de 60% des répondants ont l’intention de ne pas combler chacun des postes vacants pour l’ensemble de leurs effectifs.»
«De toute évidence, des compressions de personnel s’imposent pour bon nombre d’entreprises. Toutefois, l’approche usuelle de supprimer des postes en vue de respecter un quota est rarement la meilleure solution. Les entreprises doivent plutôt déterminer lesquelles de leurs unités commerciales créeront de la valeur dans l’avenir et en privilégier les besoins en personnel», a souligné Georges Cabana.
Effet sur les employés
L’enquête demandait aux répondants d’évaluer les préoccupations des employés suscitées par la tourmente économique. Quarante et un pour cent des répondants canadiens font état d’un important degré de préoccupation des employés en ce qui concerne l’incidence de la crise financière sur leurs placements en vue de la retraite. Une proportion de 24% des répondants déclare que les employés se disent considérablement préoccupés par la santé de l’entreprise, tandis que 23% indiquent que les employés ressentent beaucoup d’inquiétudes à l’égard de la sécurité d’emploi.
Se faire du souci au sujet de la période difficile que nous vivons peut entraîner un affaiblissement du sentiment d’appartenance et une baisse de la productivité et de la loyauté chez les employés. «Il arrive souvent que les employeurs deviennent silencieux à un moment où ils devraient justement avoir la réaction inverse. Il faut maintenir des communications fréquentes, ouvertes et soutenues pour donner des éclaircissements sur l’état de santé de l’entreprise, les interventions essentielles à sa réussite et la manière dont les employés peuvent y contribuer», de dire Georges Cabana.
«Les employeurs doivent faire preuve de leadership, répondre aux questions difficiles et expliquer leur plan stratégique pour traverser la crise actuelle. Les études sur l’engagement des employés montrent invariablement que le leadership et une vision claire, et non le salaire, figurent parmi les dix facteurs les plus importants qui motivent les employés à demeurer en poste et à continuer de fournir un rendement élevé», a-t-il conclu.