L’Institut Vanier de la famille a rendu public deux rapports dressant un portrait inquiétant des problèmes rencontrés par les Canadiens cherchant à atteindre un équilibre à la fois sain et efficace entre leur vie professionnelle et leurs responsabilités familiales.
«Il est prouvé que tenter de conjuguer réussite professionnelle et respect des obligations familiales crée beaucoup de stress, a expliqué Clarence Lochhead, directeur exécutif de l’Institut. Cela a des répercussions négatives sur la capacité à prodiguer des soins essentiels aux enfants comme aux personnes âgées de la famille, mais nous connaissons également les stratégies à appliquer pour améliorer la situation.»
Le rapport, intitulé Conciliation travail-famille: qu’en savons-nous vraiment?, est l’oeuvre de Jacques Barrette, professeur à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa. Après avoir passé en revue l’ensemble des recherches canadiennes et internationales consacrées aux causes fondamentales du conflit travail-famille et de ses conséquences sur les familles et organisations, le professeur Barrette en retire que malgré toute l’attention portée à la question et les efforts de sensibilisation menés par de nombreux organismes, le déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale s’est aggravé au cours des dix dernières années. M. Barrette note que:
- 44% des Canadiens sont d’avis que leur travail a des répercussions négatives sur leur vie familiale, compte tenu des changements économiques, technologiques et sociaux ayant complètement transformé le monde du travail et accentué les pressions qui s’exercent sur les parents et leur familles;
- les pratiques de gestion visant à augmenter la productivité et la compétitivité peuvent mener au surmenage professionnel. S’il est vrai que, d’une part, Internet, le téléphone cellulaire et le Blackberry facilitent la communication, ces mêmes outils permettent également au monde du travail d’empiéter de façon de plus en plus marquée sur la vie de famille;
- le pourcentage de parents peinant à concilier travail et famille augmente de manière continue depuis1996 et, d’après les études s’intéressant au sujet, s’élève maintenant entre 46% et 61%.
Au cours des deux dernières décennies, les Canadiens ont réduit d’environ cinq semaines le temps passé avec leur famille, et ce, pour des raisons liées à leur emploi. Plus de gens font maintenant des heures supplémentaires, le temps de transport entre la maison et le travail a augmenté et les entreprises font constamment l’objet de réorganisation et de restructuration visant à améliorer leur efficacité. Ces changements s’ajoutent à d’autres facteurs qui mènent à une augmentation de l’insatisfaction chez les employés de même que des absences pour maladie ou raisons familiales; or, l’absentéisme coûte entre 3 et 5 milliards de dollars par année à l’économie du pays.
M. Lochhead lance un avertissement : « Compte tenu de la récession actuelle et du degré d’importance accordé, de manière bien compréhensible, à la perte d’emplois, il existe un risque considérable que, dans le milieu des affaires, d’autres questions prennent le pas sur l’équilibre travail-famille, ce qui serait une erreur. »
Il ajoute : « Le succès de nos entreprises et la sécurité de nos emplois dépendent au bout du compte d’une relation saine et viable entre vie professionnelle et vie de famille. C’est là un constat incontournable, aussi bien dans un contexte économique difficile que dans une période de prospérité »