L’ancien ministre québécois de la Santé Philippe Couillard a livré un plaidoyer pour le privé en santé devant quelque 200 convives, réunis lors du dernier déjeuner-causerie de l’année 2008 de la section québécoise de l’ICRA.

Selon M. Couillard, pour se réinventer, le réseau de la santé doit:

  • autoriser l’ouverture de plus de cliniques privées associées;
  • permettre aux médecins québécois de pratiquer dans le privé;
  • autoriser les Québécois à contracter des assurances privées pour des actes couverts par le régime public.

«Le réseau de santé en place a été mis en place à une autre époque pour une autre société, a-t-il dit. C’est pourquoi il faudra tôt ou tard en revoir les paramètres. Il souhaite notamment voir davantage de concurrence à l’intérieur du réseau de la santé.» À son avis, le monopole existant nuit à l’innovation.

L’ancien ministre, devenu conseiller stratégique pour Persistence Capital Partners, une filiale de Medisys, admet que de changer les paramètres du réseau n’est pas chose facile, mais il estime que d’avoir un classement comparatif entre les établissements hospitaliers publics favorise l’amélioration des services.

Le Québec: un bon exemple
M. Couillard demeure catégorique sur un point: il faut éviter les solutions simplistes, surtout lorsqu’il est question de financement du réseau. À ce sujet, le Québec est un bon exemple d’État qui a su contrôler ses coûts de santé pour les maintenir dans une fourchette de 5% à 6%, selon lui. Il s’est par ailleurs dit ouvert au modèle de franchise proposé dans le rapport Castonguay pour aider son financement, mais avec certaines précisions, ajoutant que cela n’allait pas nécessairement avoir un gros impact sur le financement du réseau proprement dit.

L’ancien ministre pense aussi qu’il faudrait autoriser l’ouverture de plus de cliniques privées associées dans les zones urbaines où il est possible de recevoir des traitements plus rapidement, qui seraient payés par le régime public. Il est aussi favorable à l’idée de donner aux citoyens la liberté de souscrire à une assurance privée pour des services actuellement couverts par le régime public.

M. Couillard estime qu’il faudra revoir le mode de rémunération des médecins qui ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui. D’ailleurs, l’ancien ministre se dit en accord pour permettre aux médecins la pratique mixte public-privé, mais à certaines conditions spécifiques. Le tout doit être encadré.

«Il faut redéfinir le pacte de 1970 qui donnait une totale autonomie professionnelle aux médecins, a-t-il déclaré. Les médecins doivent prendre un engagement formel envers le réseau de la santé.»

Enfin, M. Couillard s’est dit déçu du problème d’accessibilité des soins qui persiste toujours à certains endroits. Le manque de médecins de première ligne explique en grande partie pourquoi les gens dans le besoin se retrouvent plus souvent qu’autrement à l’urgence. Sans vouloir jeter la pierre à qui que ce soit, il a rappelé qu’afin de réduire les coûts du système de santé, le Québec avait réduit le nombre de médecins, il y a quelques années, puisque ces derniers constituaient la source numéro un des coûts du système. Résultat, le Québec souffre aujourd’hui d’un manque cruel d’accessibilité aux soins et il faudra encore quelques années avant de combler le manque de médecins.

«Ce fut alors une mauvaise décision qu’il ne faudra plus refaire dans les prochaines années», a-t-il insisté.