Dr Amir Georges Sabongui

Qu’est qui fait qu’un employé brille lorsque sous pression alors qu’un autre va plutôt s’écrouler quand la tension monte? Selon le Dr Amir Georges Sabongui, psychologue, la réponse réside dans la résilience de chacun, qui est déterminée selon son soutien social et organisationnel ainsi que ses ressources individuelles.

Après une carrière de 14 ans comme officier de la Marine dans les forces armées canadiennes, M. Sabongui a bifurqué vers la psychologie organisationnelle. « Ma vie militaire fut très enrichissante, puisqu’elle m’a permis d’acquérir de la discipline et de me dépasser. J’ai pu explorer mon potentiel en assumant de grandes responsabilités à un jeune âge, ce qui m’a permis de prendre confiance en moi, mentionne-t-il. Comme les limites peuvent être assez variables, il est possible de les fracasser si on nous en donne réellement la chance. »

Durant les dernières années de sa carrière militaire, le Dr Sabongui s’est particulièrement intéressé aux facteurs de réussite dans une organisation. Il a cherché à comprendre ce qui expliquait qu’une organisation pouvait être efficace ou non? Pour lui, la réponse est simple : « Le principal outil pour atteindre les objectifs des organisations demeure les ressources humaines. Il faut optimiser cette ressource pour qu’elle devienne une richesse. Il s’agit du facteur de réussite numéro un. »

Il ajoute : « Souvent, les gestionnaires croient qu’un employé possède ou non les qualités requises pour accomplir une tâche, mais dans les faits, le soutien environnemental est souvent ce qui explique que certaines personnes brillent sous pression alors que d’autres s’effondrent. »

Les meilleurs gestionnaires sont ceux qui vont permettre aux individus de s’épanouir pleinement et de développer leur potentiel. À l’inverse, les organisations vont brûler leurs employés si l’environnement de travail est trop intoxiqué par des conflits internes ou un pouvoir décisionnel limité, par exemple. Ces organisations préfèrent miser sur le recrutement plutôt que de donner plus de latitude à leurs employés en place.

« Les organisations sont souvent conscientes des problèmes à l’intérieur, mais chacun des gestionnaires se sent impuissant quant à la situation, qui ne fait que s’envenimer avec le temps. Mon travail est d’analyser les courants organisationnels et de poser des gestes concrets pour remettre l’organisation sur les rails. Trop souvent malheureusement, elles sont réactionnaires lorsque la situation atteint un niveau sans précédent, ce qui rend la tâche plus difficile. »

Le Dr Sabongui trace un parallèle intéressant pour décrire la situation actuelle qui sévit dans bien des organisations : « C’est comme conduire une voiture à 200 km/h sur de la glace noire. Ça peut bien aller pendant un certain temps, mais il n’existe aucune marge de manœuvre. L’auto peut déraper d’une seconde à l’autre. Plusieurs organisations établissent la tâche de chacun des individus de façon si optimale qu’aussitôt qu’il y a un pépin ou un imprévu, ces organisations ont du mal à performer. Tous les membres de l’équipe deviennent par le fait même fragilisés par une surcharge de travail occasionnée par une demande accrue ou une absence prolongée d’un collègue. C’est à ce moment que les problèmes commencent. »

Il est d’avis que les organisations sont plus sensibilisées que jamais aux problèmes de santé mentale, mais elles ne savent pas comment y faire face. Ce qui est déplorable toutefois, c’est que certaines d’entre elles se croient encore à l’abri de ce genre de problème. « Le coût lié à l’intervention est nettement plus élevé que les initiatives en prévention, mais il demeure difficile d’évaluer les retombées de la prévention. À l’inverse, il devient facile de justifier les coûts d’intervention et de réagir lorsque survient une série de démissions en bloc ou plusieurs cas d’invalidité dans un même service. »

D’après le Dr Sabongui, il faut réapprivoiser le milieu de travail et redonner de la valeur à l’aspect humain dans les organisations. « Ce qui m’inspire vraiment c’est d’humaniser les milieux de travail. J’aime développer un terrain fertile pour que les employés s’épanouissent au travail et atteindre leur plein potentiel. Cela contribue à les rendre plus performants socialement, professionnellement et émotionnellement. Pour ce faire, ils doivent atteindre un certain équilibre dans leur vie et s’engager à se ressourcer constamment. »

À ce sujet, il insiste : « Souvent les gens en détresse ont tendance à vouloir s’isoler et en faire moins. Il faut plutôt se ressourcer en prenant le temps de faire des activités valorisantes pour pouvoir affronter les défis avec brio. Cela ne signifie pas d’en faire moins, mais de faire le nécessaire pour donner un sens à ce qu’on fait, et reprendre le contrôle de sa vie. »