La répartition de l’actif n’a jamais été une tâche aussi lourde pour les promoteurs de régimes à prestations déterminées (PD). L’objectif est de générer des rendements et de satisfaire ses obligations, tout en limitant au maximum l’incidence sur la solvabilité du régime et, ultimement, sur le bilan du promoteur. Les stratégies axées sur les actions à faible volatilité sont conçues précisément à cette fin. Elles visent à procurer des rendements absolus efficaces en minimisant la volatilité ainsi qu’à diversifier la portion d’actions du régime, ce qui contribue à atténuer le risque du régime sans pour autant sacrifier les actions au profit de titres à revenu fixe.
Les stratégies d’actions à faible volatilité s’avèrent donc un ajout profitable pour les régimes PD, car elles réunissent ces trois avantages, à savoir des rendements efficaces, une diversification boursière et une réduction du risque dans l’ensemble, et ce, au moyen de procédés uniques par rapport aux autres catégories d’actifs. Les promoteurs de régimes pourraient aussi envisager de rehausser les bienfaits de telles stratégies par l’intégration d’une composante fondamentale active qui prend en compte des facteurs à la fois rétrospectifs et prospectifs.
1. Rendements absolus efficaces : De nombreuses études universitaires ont démontré que les stratégies d’actions à faible volatilité engendrent des rendements semblables à ceux d’autres stratégies d’actions plus sensibles aux indices de référence au fil du temps – mais avec moins de risques. Elles obtiennent également des rendements absolus et ajustés au risque (ratios de Sharpe) qui n’ont rien à envier aux autres stratégies de rendement absolu. Grâce à ces stratégies, les régimes n’ont pas à assumer les risques additionnels liés à la vente à découvert, à la liquidation, à l’effet de levier ou aux instruments dérivés, traditionnellement associés aux autres stratégies de rendement absolu. Le tableau 1 ci-dessous démontre que les rendements
absolus des indices d’actions à faible volatilité canadien et mondial sont, d’un point de vue historique, très concurrentiels par rapport à ceux d’autres stratégies à rendements absolus, de même qu’en comparaison de leur indice de marché en général.
2. Diversification du rendement actif des actions et atténuation du risque de réduction : Les stratégies d’actions à faible volatilité peuvent accroître la diversification et protéger la portion d’actions du régime contre le risque de perte. Prenons l’exemple du rendement excédentaire de l’indice de volatilité minimale de MSCI Canada par rapport à l’indice composé plafonné S&P/TSX. Comparons ensuite ce rendement excédentaire à celui de l’univers des actions canadiennes à petite capitalisation de eVestment (qui représente l’ensemble des gestionnaires institutionnels d’actions canadiennes). La corrélation moyenne pour la période de presque 13 ans s’échelonnant de juin 2001 à mars 2014 était de 0,1. Elle a d’ailleurs été modeste tout au long de la décennie, glissant récemment en territoire négatif. Voilà qui illustre les caractéristiques de diversification des stratégies d’actions à faible volatilité.
Cherchez plus loin, et vous découvrirez que les stratégies d’actions à faible volatilité ont également contribué à réduire les risques pendant cette même période. Fait unique : une corrélation fortement négative (-0,7) a d’ailleurs été observée entre le rendement excédentaire de l’indice de volatilité minimale de MSCI Canada et le rendement absolu de l’indice composé plafonné S&P/TSX. Autrement dit, c’est en période de repli du marché que les stratégies à faible volatilité enregistrent les meilleurs rendements excédentaires. En 2008, par exemple, lorsque l’ensemble du marché, représenté par l’indice mondial MSCI, avait chuté de 26 %, les stratégies d’actions à faible volatilité étaient parvenues à estomper les risques, l’indice mondial de volatilité minimale de MSCI n’ayant reculé que de 11 %. De même, l’indice composé plafonné S&P/TSX avait perdu 33 % de sa valeur en 2008, contre un repli de 28 % pour l’indice de volatilité minimale de MSCI Canada.
3. Réduction du risque global du régime, sans l’ajout de titres à revenu fixe : Puisque les stratégies d’actions à faible volatilité ont démontré qu’elles procurent des rendements concurrentiels par rapport à des indices absolus et de marché large, tout en diminuant le risque absolu, leur intégration dans le portefeuille contribue également à réduire le risque global d’un régime. Une étude de cas
hypothétique (dont les résultats sont présentés au tableau 2) montre comment l’introduction d’une stratégie à faible volatilité dans le portefeuille d’action de base d’un régime atténue la volatilité de son actif, par rapport à son passif, de 10,5 à 8,6 %.
Rappelons que de nombreux promoteurs de régime adoptent des stratégies de placement guidées par le passif. Or, celles-ci requièrent une exposition accrue aux obligations. Les stratégies d’actions à faible volatilité, quant à elles, offrent aux régimes un moyen de réduire leur risque sans augmenter leur participation obligataire ou nuire à leur potentiel de rendement futur en réduisant leur part d’actions.
Valeur ajoutée grâce aux perspectives fondamentales prospectives :Les stratégies d’actions à faible volatilité sont conçues pour minimiser la volatilité des rendements absolus, ce qui se traduit par une volatilité restreinte par rapport aux indices de marché large, comme l’indice composé plafonné S&P/TSX. Certaines de ces stratégies s’appuient sur des données historiques, notamment la variabilité des rendements et l’exposition aux facteurs de risque, pour élaborer leur portefeuille, sans toutefois tenir compte de la qualité des sociétés sur une base prospective. L’idée derrière les stratégies d’actions à faible volatilité est pourtant de limiter le risque prospectif. Procéder à une évaluation fondamentale orientée sur l’avenir des bénéfices, en matière de qualité et de variabilité, semble donc une étape pleine de bon sens. Les données rétrospectives permettent de gérer les risques à la lumière du passé, et non du futur. Étant donné que la dynamique du marché évolue constamment, les investisseurs devraient envisager l’emploi de stratégies dont la démarche de placement inclut des réflexions prospectives et dynamiques sur le rapport risque/rendement dans un cadre de faible volatilité.
En raison de leur potentiel distinct de rendements absolus efficaces, de diversification boursière, de protection contre le risque de perte, et d’atténuation du risque lié à la retraite au sein même du régime dans son ensemble (sans recourir aux titres à revenu fixe), les actions à faible volatilité devraient être sérieusement envisagées par les promoteurs. Les gains additionnels des stratégies incorporant des entrants fondamentaux prospectifs pour comprimer davantage les risques sont un autre incitatif de taille qui mérite l’attention des régimes. À une époque où les promoteurs sont plus que jamais préoccupés par la gestion du risque et la réalisation de rendements suffisants pour couvrir leurs obligations, les stratégies d’actions à faible volatilité s’avèrent une façon unique de faire face à ces inquiétudes.
Tim Choe est analyste quantitatif auprès de Pyramis Global Advisors, une société de Fidelity Investments.