L’émission de billets de banque semble être un ingrédient clé pour empêcher qu’une récession mondiale ne se transforme en dépression durable. Toutefois, il s’agit d’une mesure délicate qui risque d’entraîner une forte inflation, voire une hyperinflation,
selon un rapport préparé par le secteur des services bancaires de gros de la
Banque CIBC.
Le rapport aussi souligne que le Canada adoptera probablement une version nettement plus douce de la stratégie mise en oeuvre par les États-Unis et le Royaume-Uni.
« On peut supposer que l’adoption d’une stratégie monétaire plus musclée aura pour effet de stimuler une reprise économique et de diminuer les risques d’une période désinflationniste prolongée. Or, il se pourrait aussi que les décideurs gèrent mal l’échéancier de dénouement de montants sans précédent aux fins de relance budgétaire et de stimulation monétaire, ce qui entraînerait une inflation incontrôlable », souligne Avery Shenfeld, économiste en chef, dans son plus récent rapport.
L’émission de billets de banque, ou assouplissement quantitatif, est une stratégie selon laquelle les banques centrales se servent de l’argent nouvellement émis pour acheter des obligations d’État servant au financement de programmes de dépenses. Ces dollars supplémentaires stimulent la croissance économique, mais peuvent aussi réduire le pouvoir d’achat de chaque dollar, ce qui correspond à la définition de l’inflation.
« Une inflation excessive constitue effectivement un risque une fois qu’on réussit à dompter la déflation », estime M. Shenfeld. « Les États-Unis étant aux prises avec une forte augmentation de la dette publique et un secteur des ménages tout aussi surendetté, l’inflation pourrait être un moyen tentant de faire se contracter la valeur réelle de ces fardeaux. Même sans plan délibéré, il serait facile de trop miser sur l’effet d’amorçage de l’argent, ou de renverser celui-ci trop tard. »
La Banque du Canada a minimisé les attentes voulant qu’elle procède à un assouplissement quantitatif en avril. Toutefois, compte tenu de la dégradation de la conjoncture et de la chute prévue de l’inflation de base sous la barre de 1 % à 3 % d’ici la fin de l’année, d’autres mesures de stimulation monétaire risquent d’être nécessaires.
M. Shenfeld croit que, plutôt que d’annoncer une baisse isolée des taux de financement à un jour, la Banque du Canada ne bougera pas en avril et lancera une version canadienne du programme d’assouplissement quantitatif ou d’assouplissement du crédit d’ici trois à six mois. L’approche « en douceur » du Canada devrait comprendre l’achat d’obligations d’État ou d’autres crédits afin d’abaisser les taux d’intérêt à plus long terme, tout en prenant des mesures destinées à contrebalancer l’incidence sur la croissance de la masse monétaire et les taux de financement à un jour.
Advenant que la Banque du Canada opte pour un programme d’assouplissement quantitatif et qu’une reprise s’amorce, la première dose de resserrement monétaire ne prendra pas la forme d’une hausse du taux de financement à un jour, mais elle consistera plus probablement en une conversion inverse des achats d’actifs par la Banque du Canada en revendant des obligations au marché secondaire », a dit M. Shenfeld.
« En prévision d’une telle réaction, nous avons repoussé toutes les éventuelles hausses du taux de financement à un jour au-delà de notre horizon prévisionnel de la fin de 2010. »
M. Shenfeld ajoute que même si l’inflation n’atteint aucun pic aux États-Unis, le resserrement monétaire s’accompagnera de taux sensiblement plus élevés d’un bout à l’autre de la courbe, alors que la Réserve fédérale dénoue les transactions inscrites à son bilan en vendant les obligations qu’elle avait accumulées dans le cadre d’un mandat de monétisation.
« Voilà qui ce incite à demeurer pessimistes par rapport aux obligations à long terme, plus particulièrement les obligations du Trésor, alors que celles du Canada devraient surpasser l’indice », insiste M. Shenfeld. « Entretemps, dans la mesure où une politique monétaire mondiale souple, notamment un assouplissement quantitatif, multiplie les appréhensions par rapport à l’inflation, cette même politique devrait plus tard constituer un atout pour une monnaie liée aux produits de base comme le dollar canadien. »