Une nouvelle étude du Centre d’étude des niveaux de vie (CENV) montre qu’au cours des 25 dernières années les salaires des travailleurs canadiens n’ont pas crû au même rythme que la productivité. De1980 à 2005, la productivité du travail a augmenté de 37%. Au cours de la même période, les salaires médians au Canada n’ont pas augmenté du tout, lorsqu’ajustés pour l’inflation.

«Les économistes soutiennent qu’une augmentation de la productivité devraient entraîner une augmentation proportionnelle des salaires réels, indique Andrew Sharpe, directeur exécutif du CENV. Mais les données indiquent que ceci ne s’est pas produit au Canada au cours des 25dernières années. Les gains reliés à l’augmentation de la productivité n’ont pas été partagés de façon équitable entre les membres de la société.»

L’étude note qu’une des raisons principales pour cet écart est une distribution de plus en plus inégale des revenus. De 1980 à 2005, les gains des travailleurs les mieux payés ont augmenté de 16% (ajusté pour l’inflation) tandis que le groupe de travailleurs en bas de l’échelle a vu ses gains diminuer par plus de 20%.

Le déclin du pouvoir de négociation des travailleurs, provoqué dans une large mesure par des pressions accrues liées à la mondialisation et à des taux de syndicalisation en baisse, a également contribué à l’écart entre la croissance de la productivité et les salaires.

«La diminution du pouvoir de négociation s’est traduit par une baisse de la part de la rémunération des travailleurs dans le PIB au Canada, explique M. Sharpe. Lorsque les travailleurs sont incapables d’exercer de la pression pour obtenir des hausses de salaires, une plus large part des revenus restent sous la forme de profits.»

L’étude identifie un autre facteur contribuant à l’écart entre la croissance des revenus et celle de la productivité. Il y a eu un déclin dans ce que les économistes appellent les termes de l’échange des travailleurs. En d’autres mots, les prix des produits achetés par les travailleurs ont augmenté plus rapidement que le prix des biens qu’ils produisent.

Transformation de l’économie
L’une des conclusions de l’étude est que le mouvement de l’économie canadienne du secteur manufacturier vers le secteur des ressources naturelles a aussi contribué à la baisse de la part du revenu national allant aux travailleurs.

L’étude indique que puisque les industries dans le secteur des ressources naturelles tendent à avoir une plus grande portion des revenus sous la forme de profits et une plus petite portion allant à la rémunération des travailleurs, la croissance disproportionnée de l’emploi dans ces industries a contribué à la diminution de la portion du revenu national allant aux travailleurs.

En conclusion, l’étude indique que la nature changeante de la technologie a également contribué à l’écart entre la productivité et les salaires. Ce que l’étude appelle les biens d’investissement à dépréciation rapide, comme les ordinateurs et d’autres produits de technologie de pointe, doivent être remplacés plus fréquemment que les anciens produits technologiques. Ainsi, les entreprises doivent investir une part croissante de leur production dans le remplacement de ces biens d’investissement.

Effets de la crise économique courante
Les résultats de cette étude sont significatifs dans le contexte de la récession actuelle. Le rapport précise qu’après la récession et la période prolongée de stagnation de la première moitié des années 1990, les revenus des travailleurs, ajustés pour l’inflation, n’ont jamais réussi à regagner le terrain perdu par rapport à la productivité.

Au cours de la crise économique actuelle, les gains salariaux réels des travailleurs seront minimes où même négatifs. Malheureusement, la plupart des travailleurs canadiens ne jouissent pas d’un coussin de protection formé de gains réalisés pendant les bonnes années depuis 1995, et ils seront ainsi doublement désavantagés.