Norman Raschkowan, directeur du placement à Financière Mackenzie, estime que l’année 2009 réservera encore son lot de mauvaises nouvelles avant que la lumière ne recommence à briller au bout du tunnel.
Installé à Montréal pour conseiller les professionnels du placement en cette pré-saison des REER, il a frotté pour nous sa boule de cristal financière.
«Les entreprises à grande capitalisation de premier ordre qui exploitent une ou des images de marque devraient tirer leur épingle du jeu en 2009», dit Norman Raschkowan. Par «premier ordre», il entend des sociétés qui affichent un bilan solide caractérisé par une faible dette et qui génèrent plus de liquidités qu’elles n’en dépensent. Ces entreprises n’ont pas besoin de se financer sur les marchés, dit-il, ce qui préserve les actionnaires ordinaires d’un effet de dilution. Les titres qu’il apprécie: les grandes banques, Canadian Tire et Tim Hortons au Canada et, aux États-Unis, Microsoft, Cisco Systems, United Technologies, ExxonMobil, Johnson & Johnson et Pfizer.
Le choix des grandes banques canadiennes peut sembler surprenant, car elles ont presque toutes effectué d’importantes émissions d’actions privilégiées depuis le début de l’année. «Elles ont pris une excellente décision. En procédant ainsi, elles cherchent à renforcer leur ratio de capital sans trop diluer leurs actionnaires ordinaires. Dans l’ensemble, ce ratio se situe à moins de 9%. L’objectif est de le faire passer à plus de 10%. Et comme vous le savez, c’est plus économique d’émettre des actions privilégiées que des actions ordinaires.»
Bien qu’elles subissent actuellement les foudres des investisseurs sur les Bourses, les grandes banques canadiennes se trouvent dans une position avantageuse, constate Norman Raschkowan. Certes, elles ne vivent pas une période de croissance. Elles devront probablement encore radier des actifs en lien avec la crise du crédit. Malgré tout, c’est un secteur «qui devient de plus en plus puissant, parce que plusieurs de leurs concurrentes européennes et américaines ne sont plus dans le marché». Or, fait remarquer l’expert, ce positionnement avantageux des banques canadiennes surviendra en même temps qu’elles commenceront à améliorer leurs marges bénéficiaires. On pourrait alors assister à une belle éclosion de ce secteur.
Mais d’ici là, il faudra encore six mois de mauvaises nouvelles, particulièrement du côté du crédit. «Cet été, la plupart des mauvaises nouvelles devraient être derrière nous».
Énergie et ressources: pas avant 2010
Outre le secteur bancaire canadien, Norman Raschkowan prévoit des performances intéressantes dans les secteurs des industrielles, de la consommation et des soins de santé. Les succès ne seront pas tous azimuts. Seules les entreprises peu endettées et qui détiennent un avantage concurrentiel, comme celles citées précédemment, en sortiront gagnantes. Les autres souffriront.
«Les constructeurs automobiles GM et Chrysler auront de la difficulté à respecter les exigences du gouvernement américain», dit-il. De deux choses l’une: ou bien le Congrès accorde quand même le financement que GM et Chrysler réclament, ou bien les deux géants demandent la protection des tribunaux pour se restructurer. Quelle que soit l’issue, Norman Raschkowan préfère se tenir loin de ces entreprises. «Le secteur de l’immobilier commercial présente aussi des risques qu’il faut éviter», ajoute-t-il.
Que pense-t-il de l’énergie et des ressources, la marque de commerce des Bourses canadiennes? Aussi bien les oublier pour 2009… «La croissance économique mondiale est au ralenti actuellement, je ne vous apprends rien. En2010, je crois que le contexte s’améliorera, grâce aux mesures de relance mises en place par les banques centrales et les gouvernements. Cela stimulera la demande mondiale pour les matériaux, créant ainsi une pression à la hausse sur les prix du pétrole, du cuivre, du fer et de l’aluminium, notamment. En 2011, les prix devraient monter encore plus rapidement», dit Norman Raschkowan.
La chute des cours dans le secteur de l’énergie et des ressources ne crée-t-elle pas aujourd’hui de belles occasions de placement? Est-ce le bon moment d’entrer dans le marché? Norman Raschkowan hésite. «On trouve des valeurs intéressantes parmi les sociétés de premier ordre comme ExxonMobil, Imperial Oil, Canadian Natural Resources et EnCana. Mais le prix des matériaux fluctuera beaucoup au cours des prochains mois. Il n’y aura pas de tendance à la hausse, du moins pas d’ici la fin de l’année», explique-t-il. Autrement dit, les investisseurs devraient attendre encore quelques mois.
Prime de rendement sur les obligations de sociétés
La crise financière n’a pas que de mauvais côtés. Depuis le début de l’année, souligne Norman Raschkowan, les conditions de crédit se sont resserrées. «Cela a pour effet d’augmenter la prime de rendement des dividendes et des obligations de sociétés de premier ordre», dit-il. La Banque Toronto-Dominion vient de faire une émission d’obligations de 10ans dont le rendement est de 9,5%. Cela représente une prime de 6,5% par rapport aux obligations du gouvernement canadien.
«Pas besoin d’acheter des obligations de pacotille pour décrocher des rendements intéressants», note-t-il. Outre celles des grandes banques, les obligations de Canadian Tire et de TransCanada Pipelines, par exemple, permettent d’obtenir des rendements similaires à un risque relativement faible. Pour les personnes à la recherche de titres à revenu fixe, voilà des recommandations valables pour 2009, conclut Norman Raschkowan.