Le marché des prêts de titres était en plein essor au Canada jusqu’à tout récemment. Crise financière ou pas, son potentiel demeure toutefois largement sous-exploité.
Présente depuis des décennies au pays, l’industrie des prêts de titres a connu son véritable décollage au cours des trois dernières années. Un nombre croissant de caisses de retraite, de fonds de couverture ou d’investisseurs institutionnels se sont montrés intéressés à prêter temporairement des actions et des liquidités dans le but d’accroître leur rendement. Les récents déboires des Goldman Sachs et Morgan Stanley, deux des leaders mondiaux du secteur, ont cependant mis un frein à cet élan prometteur, de ce côté-ci de la frontière comme ailleurs. Depuis, de nombreux joueurs de l’industrie sont en modes désinvestissement et désendettement (deleveraging) afin d’alléger leur fardeau financier et de tenir compte de leur plus grande aversion pour le risque. Autre conséquence de la crise: il en coûte plus cher pour réaliser ces opérations. Tout comme l’écart des taux (spread) s’est accentué sur les marchés monétaires, les frais associés au prêt de titres ont amorcé une tendance haussière, conséquence d’un accroissement des coûts du risque. «Il en sera ainsi pendant une bonne partie de 2009», déclare James Slater, premier vice-président, marché des capitaux, à CIBC Mellon.

Au cours des derniers mois, l’industrie canadienne du prêt de titres a toutefois subi beaucoup moins dommages que celle des États-Unis. Cette situation s’explique notamment par le plus grand conservatisme qui caractérise notre marché. Promoteurs de régimes et autres propriétaires réels de titres font en général preuve d’une plus grande prudence. Même réflexe de la part des institutions financières du pays. «Leurs critères de prêt sont plus sévères et le ratio actif/capital exigé est plus bas que ce qu’on voit sur d’autres marchés du monde, tels l’Europe et les États-Unis», illustre James Slater. Si cette prudence entraîne souvent des rendements plus faibles (voir tableau), elle révèle aussi ses vertus en contexte difficile. Chez nos voisins du sud, quantité de titres prêtés ont été par exemple réinvestis dans divers produits dérivés adossés à des prêts hypothécaires à haut risque, avec les résultats qu’on connaît.

Fin octobre, l’industrie canadienne du prêt de titres n’utilisait que 13,15% des actifs totaux disponibles. La crise financière n’est pas en cause. En août dernier, avant la débâcle, le pourcentage était à peine plus élevé. C’est dire à quel point ce marché reste largement sous-exploité au pays. La méconnaissance de ce type de transaction y est pour beaucoup. «Je rencontre beaucoup de promoteurs de régimes afin de leur faire connaître le produit, qui comporte beaucoup de détails, conclut James Slater. Les gens devraient s’engager dans le prêt de titres que lorsqu’ils en ont bien saisi le fonctionnement. »
En savoir davantage:

Le prêt de titres au Canada: portrait au 31 octobre 2008

Actifs prêtables

  • 897 milliards $

Prêts en circulation

  • 118 milliards $

Nantissement en garantie (% des prêts en circulation)

  • Canada: 20 %
  • reste du monde: 65 %

Rendement total des prêts de titres

Canada

  • obligations: 4 points de base
  • actions: 6,7 points de base

Reste du monde

  • obligations: 22,77 points de base

Manchettes

Tirer parti des régimes CD en gérant les risques de la retraite

La confiance des Canadiens est en baisse

Quand la perte de poids conduit à la stigmatisation

Des jugements contre-intuitifs

L’incertitude change la motivation

Des besoins différents

Les aéroports se rapprochent des caisses de retraite

Des investissements imminents?

Grands titres

L’attractivité en panne

Pas recommandables, les employeurs québécois?

Ozempic: des économies en vue, mais…

Une question de régime

Le désinvestissement éthique est-il encore possible?

La Scandinavie recule

Recul du soutien aux parents américains

Les congés familiaux érodés