Les Bourses du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine (BRIC) ont produit des rendements dignes de mention depuis leur creux d’octobre 2008. Il serait temps que les investisseurs y jettent un coup d’œil, recommande Mark Mobius en entrevue au quotidien The Globe and Mail.

Le réputé gestionnaire de la firme Franklin Templeton rejette la thèse selon laquelle l’actuelle poussée boursière ne serait qu’un regain d’énergie au milieu d’une tendance baissière persistante. « Les marchés du BRIC sont en train de se construire une base, dit Mark Mobius. Cela implique qu’il y aura des hauts et des bas. De nombreux investisseurs ont perdu de l’argent dans les marchés émergents. Ils vont profiter des hausses pour en sortir. » Voilà pourquoi, ajoute-t-il, on assistera à des corrections boursières. Mais, à la fin de l’année, la base devrait être achevée et servira de tremplin à une véritable poussée.

Redressement spectaculaire
À première vue, Mark Mobius fait volte-face. En décembre 2007, le gestionnaire avait réfréné ses ardeurs vis-à-vis des pays du BRIC. À l’époque, explique-t-il, le sentiment de peur s’accélérait aux États-Unis. Les détenteurs d’actions de presque toute la planète se ruaient vers les sorties pour se réfugier dans les obligations américaines et le dollar US. Or, les fonds des marchés émergents sont particulièrement sensibles aux demandes de rachats, car leurs gestionnaires sont presque toujours obligés de liquider leurs portefeuilles pour payer leurs clients.

« Quand tout s’est écroulé en octobre, d’incroyables occasions de placement se sont présentées. Regardez comment ces marchés ont repris du terrain depuis lors », souligne Mark Mobius. En effet, le redressement a été spectaculaire :

• + 38 % pour la Bourse de Shanghai
• + 22 % pour l’indice brésilien Bovespa
• + 46 % pour l’indice russe Micex
• + 14 % pour le BSE Sensex 30 de l’Inde
Mark Mobius fait remarquer que les marchés du BRIC offrent encore de solides occasions d’investissement. Les ratios cours/bénéfice, les ratios cours/valeur comptable et les rendements des dividendes sont attrayants. « Les réserves de devises des pays émergents sont plus importantes que celles des pays développés. Ils ont les moyens d’investir dans leur économie domestique. En outre, la dette des pays émergents est plus faible que celle des pays nord-américains et européens, et même que elle du Japon », dit Mark Mobius.

La Chine avant tout
Son pays de prédilection est la Chine, présente à 42 % dans son portefeuille d’actions BRIC et à 17 % dans son fonds de marchés émergents. Il rappelle que l’empire du Milieu demeure le leader de la croissance économique mondiale. « Nous prévoyons une croissance de 7 % ou de 8 % cette année. Cela peut paraître trop optimiste, mais nous croyons que la Chine est capable d’afficher un tel taux », estime Mark Mobius. Avec un gouvernement centralisé, la Chine peut agir rapidement et efficacement. Ses banques regorgent d’argent, en partie grâce au taux élevé d’épargne des citoyens chinois. La demande intérieure reprendra du tonus. Elle compensera le ralentissement des exportations à destination des États-Unis, prédit l’expert.

Le Brésil est un autre pays qu’il affectionne. Les actions des entreprises brésiliennes constituent 31 % de son fonds BRIC et 14 % de son fonds des pays émergents. Mark Mobius indique que l’économie du géant sud-américain est en bonne santé, que la demande intérieure est soutenue et que le système bancaire met l’accent sur les consommateurs. Le Brésil est l’un des pays les plus concurrentiels quant aux coûts de production des matériaux de base, comme le minerai de fer.

Mark Mobius prévient que tout n’est pas rose du côté des pays émergents. Il évite les États de l’Europe de l’Est dont les monnaies sont surévaluées, leurs réseaux bancaires, inondés de mauvaises créances et leur situation budgétaire précaire.