Lorsque la crise financière mondiale a déferlé sur les économies du monde entier, pratiquement toutes les classes d’actifs ont essuyé des pertes. Seule une minorité de catégories d’investissement en sont sorties indemnes. Parmi celles-là figure la microfinance, un marché de niche qui, bien que relativement nouveau, recèle un potentiel important.
La société suisse BlueOrchard, qui gère des produits d’investissement en microfinance, estime qu’au cours des cinq prochaines années, entre 10 et 20 milliards de dollars américains seront nécessaires pour répondre aux demandes des 500 millions de clients présents dans ce secteur à travers le monde.
Un concept récompensé par le prix Nobel
C’est en 1983 que Muhammad Yunus a commencé à émettre des « microcrédits » d’un montant de 20 dollars destinés aux citoyens les plus pauvres de la population du Bangladesh afin de leur fournir un moyen de subsistance. Cette idée fut un succès. La plupart des crédits ont non seulement été remboursés mais un grand nombre d’emprunteurs ont été capables de se sortir, eux et leur famille, de la pauvreté.
Vingt-trois ans après ce premier prêt de 20 dollars, l’idée simple, mais innovante, a valu à Yunus et à sa banque un prix Nobel de la Paix pour leurs efforts en faveur « d’un développement économique et social à partir d’en bas ». Entre-temps, cette idée a été mise en œuvre avec beaucoup de succès dans un grand nombre de pays en développement.
Une nouvelle catégorie d’investissements socialement profitables
L’investissement dans des microentrepreneurs n’est pas un processus direct. Les fonds de microfinance investissent dans des institutions de microfinance qui agissent comme intermédiaires en gérant les prêts réels accordés aux microentrepreneurs dans des pays tels que l’Afrique, l’Asie, l’Europe centrale et de l’Est et l’Amérique latine.
Ces dernières années, face à la croissance exponentielle de nombreuses institutions de microfinance, des fonds d’investissement en microfinance ont vu le jour pour répondre aux besoins de capitaux. Selon Xavier Rielle, spécialiste en microfinance, les actifs mondiaux dans ce secteur sont actuellement estimés à 50 milliards de dollars.
Nombre d’investisseurs institutionnels, notamment des régimes de retraite européens, ont envisagé la microfinance comme une nouvelle classe d’actifs alternative assortie d’un horizon de placement à long terme et ont progressivement intégré des produits ou fonds de microfinance matures dans leur allocation d’actifs. Les fonds de microfinance offrent aux investisseurs institutionnels un double bénéfice, sous la forme d’un rendement financier et social.
Ces fonds sont essentiellement utilisés comme investissements complémentaires au sein d’un portefeuille. Outre le fait qu’ils ne sont pas corrélés à d’autres classes d’actifs, ils sont également moins volatils grâce à leur importante diversification géographique et sectorielle. En témoigne la régularité des rendements générés par ces produits au cours des dernières années. L’un des fonds de microfinance les plus anciens et les plus grands au monde a enregistré un rendement cumulé de plus de 60 % (en dollar US) depuis son lancement il y a dix ans. Même lors de la tempête boursière qui a secoué les marchés au cours des deux dernières années, nombre de ces véhicules d’investissement collectif ont dégagé des rendements positifs, allant de 2,5 % à plus de 3,5 %.
Régimes de retraite et fonds de microfinance
Séduits par les bénéfices financiers et sociaux générés par les fonds de microfinance, les régimes de retraite mondiaux s’y intéressent de plus en plus. Et si les investissements en microfinance en sont à leurs premiers balbutiements sur le marché canadien, le concept continue à se développer très fortement en Europe où il rencontre un vif intérêt.
En août 2009, le forum mondial sur la microfinance à Genève a publié une étude intitulée Ends Meet: Current state and future prospects of European pension funds’ investments in microfinance. Cette étude, qui couvre 19 régimes de retraite dans sept pays européens (pour un total d’actifs de 350 milliards d’euros), analyse leur utilisation des investissements de microfinance ainsi que leurs motivations, préoccupations et comportements. Le total des investissements en microfinance des 19 régimes de retraite s’élève à 390 millions d’euros. Les investissements par fonds de retraite individuel varient généralement entre 0,3 % et 1 % du total des actifs, avec un maximum de 3,6 %.
S’agissant des moteurs d’investissement en microfinance, certaines caisses de retraite ont souligné la contribution à la responsabilité sociale des entreprises tandis que d’autres ont principalement évoqué des raisons financières pour motiver leur investissement, telles que la diversification de leur portefeuille et les rendements financiers ajustés du risque. Certaines des plus grandes caisses ont déclaré être en quête d’innovation financière et vouloir bénéficier de la prime au premier entrant. Les préoccupations les plus courantes en matière de microfinance concernaient les incertitudes sur l’évolution du risque à long terme et la taille limitée du marché de la microfinance.
Les participants à l’enquête ont répondu qu’ils étaient généralement optimistes sur les perspectives à long terme des investissements en microfinance, même s’ils sont conscients de l’augmentation du risque à court terme lié à la récession économique en cours. La majorité des personnes interviewées ont déclaré qu’elles s’attendaient à ce que davantage de caisses de retraite investissent dans la microfinance dans les prochaines années.
Certains signes montrent également que la récente crise financière pourrait en réalité contribuer à renforcer le secteur de la microfinance. La faible volatilité, les arguments de décorrélation et l’impact socio-économique des fonds de microfinance resteront des caractéristiques intéressantes pour les investisseurs dans les mois et années à venir.
Christophe Vandewiele est directeur de Dexia Asset Management Canada.