Les Canadiens vivent en bonne santé moins longtemps, montrent les données de Statistique Canada sur l’espérance de vie ajustée sur la santé (EVAS), dévoilées vendredi.
En 2023, l’EVAS à la naissance était de 66,9 ans, soit deux ans de moins qu’en 2019 et 2020.
Comparativement à l’espérance de vie, l’EVAS tient compte à la fois de la morbidité et de la mortalité. Cet indicateur correspond « au nombre d’années pendant lesquelles une personne peut espérer vivre en bonne santé selon l’expérience moyenne au sein de la population, si les tendances actuelles en matière de mortalité et d’état de santé persistent », selon la description de Statistique Canada.
L’EVAS n’a cessé de croître au début des années 2000 pour atteindre un sommet de 70,4 ans de 2010 à 2012. Puis, il a chuté à 69,7 ans de 2015 à 2017 pour atteindre en 2023 le niveau le plus bas du XXIe siècle jusqu’à présent. Il s’agit d’une baisse de 3,5 ans en comparaison du plus haut niveau atteint, « effaçant ainsi plus d’une décennie de progrès », écrit Statistique Canada.
« On n’a pas étudié les raisons de la baisse de l’EVAS. Ce qu’on sait, c’est qu’un recul de l’EVAS peut découler d’une réduction de l’espérance de vie, du déclin de l’état de santé ou d’une combinaison de ces deux facteurs », explique en entrevue Brigitte Chavez, porte-parole chez Statistique Canada.
« On a des estimations pour les espérances de vie à la naissance pour 2019, 2020 et 2023. En 2019, l’espérance de vie à la naissance était de 82,3 ans. Puis en 2023, elle a baissé à 81,8. Donc ça, c’est une explication partielle de l’hypothèse qui pourrait expliquer pourquoi il y a une diminution de l’EVAS. Mais ça peut aussi être dû au déclin de l’état de santé, on n’a pas étudié les raisons », précise la démographe.
D’autre part, l’EVAS à l’âge de 65 ans était de 15,3 ans en 2023, ce qui est relativement stable depuis 2019, mais représente une hausse non négligeable si on recule un peu plus loin dans le temps. Cet indicateur s’élevait à 13,4 ans de 2000 à 2007.
L’EVAS à 65 ans représente le nombre prévu d’années restantes en bonne santé pour cet âge, « ce qui en fait un indicateur utile du vieillissement et de la qualité de vie plus tard dans la vie », indique Statistique Canada dans son rapport.
« La raison pour laquelle l’EVAS est un indicateur essentiel du vieillissement, c’est parce que cet indicateur mesure non seulement la durée de vie, mais surtout le nombre d’années vécues en bonne santé. Elle permet d’évaluer l’impact des maladies chroniques et la perte d’autonomie sur la population vieillissante. Donc, elle aide les décideurs à anticiper les besoins en soins et à comparer la santé des populations entre régions ou pays », souligne Mme Chavez.
Le Québec reste en haut du classement
Bien que l’espérance de vie ajustée sur la santé ait reculé dans l’ensemble des provinces de 2020 à 2023, certaines performent mieux que d’autres. Le Nouveau-Brunswick a affiché la plus forte diminution de l’EVAS à la naissance (-4,1 ans) et l’Alberta la plus faible (-0,6 an). Le Québec a conservé l’EVAS à la naissance la plus élevée pendant cette période, atteignant 70,4 ans en 2023, tandis qu’à l’autre bout du classement, Terre-Neuve-et-Labrador affichait un EVAS de 63 ans.
La même tendance s’observe pour l’EVAS à l’âge de 65 ans. Le Québec avait la meilleure espérance pour 2023 (16 ans), et la plus faible était observée à Terre-Neuve-et-Labrador (13,4 ans).
Sans surprise, les disparités socioéconomiques impactent l’espérance de vie. En 2023, l’EVAS à la naissance avait un écart de 8,1 ans entre les plus riches et les plus pauvres. Les personnes appartenant au quintile de revenu le plus élevé avaient un EVAS de 70 ans et les personnes appartenant au quintile de revenu le plus bas, 61,9 ans. L’écart est similaire à celui des dernières années.
On sait par ailleurs que les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes. Pour cette raison, elles passent généralement un plus grand nombre d’années en mauvaise santé que les hommes. En 2023, les femmes avaient une espérance de vie de 84 ans, dont 67,7 ans en bonne santé. Quant aux hommes, ils avaient une espérance de vie de 79,6 ans, dont 66,4 ans en santé.