Les communications offertes par les fournisseurs de services se sont principalement concentrées jusqu’à présent sur les décisions que prennent les participants en matière de placements. Sur quoi porteront-elles maintenant que les baby-boomers vieillissants atteignent l’âge de la retraite ? Pouvons-nous communiquer efficacement à ce groupe les stratégies qu’ils pourraient devoir envisager à l’approche de la date de leur retraite ? Combien de temps avant cette date faut-il amorcer ce processus de communication ? Ces questions et bien d’autres sont de plus en plus posées par les promoteurs de régimes et leurs participants, dans un contexte où des cohortes de baby-boomers se dirigent rapidement vers la retraite.
Le recours croissant aux fonds à date cible (également appelés portefeuilles cycle de vie) améliorera considérablement le problème des participants qui ne font que commencer à mettre en œuvre leur stratégie de placement en vue de la retraite. Mais qu’en est-il de ceux dont la retraite approche et qui n’ont pas bénéficié de ces portefeuilles de fonds bien diversifiés et professionnellement gérés de façon dynamique ? Que peut leur offrir l’industrie de la retraite à cette étape de leur carrière d’épargnant afin de leur permettre de prendre leur retraite ? Il convient d’examiner cet enjeu sous un autre angle.
Les leviers potentiels pour une retraite plus confortable
Il est fort probable que l’accroissement du capital-retraite en un court laps de temps ne soit pas possible compte tenu des faibles taux d’intérêt, de l’état de nombreuses économies mondiales et de la reprise du marché boursier depuis la crise financière de 2008. Si cette piste de solution n’est pas viable, il existe trois autres leviers potentiels pour les investisseurs d’épargne-retraite – rehausser le niveau d’épargne, diminuer le revenu de retraite nécessaire ou reporter la date de la retraite. La première option est peu plausible puisque les épargnants l’auraient choisie bien avant l’étape préparatoire à la retraite, s’il leur avait été loisible de le faire. Il reste donc deux leviers : la réduction du revenu de retraite nécessaire et le report du départ à la retraite.
Voyons d’abord la réduction du revenu de retraite nécessaire. Toute planification du revenu comporte deux préalables – savoir ce que vous avez à dépenser et à quoi vous consacrerez ces capitaux – autrement dit un budget. La préparation d’un budget est la plus importante mesure que puisse prendre un futur retraité. Il s’agit essentiellement d’élaborer une feuille de route qui servira de cadre financier pour les années de retraite. Un budget permet également d’écarter les éléments superflus. Il incite à établir des priorités et à faire la distinction entre les désirs et les besoins. Cet exercice très personnel favorise une meilleure compréhension des impondérables financiers actuels et futurs.
De quelle manière les promoteurs de régimes peuvent-ils aider les participants tout au long de ce processus? Voilà le dilemme. Un participant peu mobilisé, qui arrive à l’étape préparatoire à la retraite avec une épargne insuffisante, ne se mobilisera pas du jour au lendemain. Les promoteurs peuvent notamment offrir des séances obligatoires de préparation à la retraite, soulignant la nécessité de déterminer les revenus nécessaires à la retraite. Ils peuvent aussi offrir des rencontres individuelles à ces participants.
Ces deux mesures sont assorties de coûts que les promoteurs peuvent être réticents à prendre en charge. Or, l’autre éventualité, un employé mal préparé financièrement à prendre sa retraite, est-elle acceptable ? Probablement pas ! Un effort concerté de la part du promoteur et de son conseiller de confiance – qu’il s’agisse de son fournisseur de services, de son expert-conseil ou d’un fournisseur de formation financière – pourrait faire en sorte que cette démarche se traduise par une intervention fructueuse auprès de ces participants.
Outre l’établissement d’un budget et le processus analytique permettant de déterminer un niveau suffisant d’épargne-retraite, il est important pour les participants sur le point de prendre leur retraite de comprendre les avantages qui s’offrent à eux. Qu’il s’agisse de profiter des rabais accordés aux aînés sur de nombreux produits et services, de comprendre le rôle de divers produits d’assurance dans leur plan financier, de veiller à tirer parti des prestations mises à la disposition des aînés, notamment le RPC/RRQ et la Sécurité de la vieillesse (et, dans certains cas, le Supplément de revenu garanti), ou encore de se familiariser avec les stratégies fiscales, comme le fractionnement du revenu, toutes ces avenues peuvent venir compléter les revenus des retraités ou réduire le revenu nécessaire. Les séances éducatives obligatoires doivent englober davantage que le volet placement dans le cadre de la préparation à la retraite. En effet, elles doivent informer les retraités, afin qu’ils sachent naviguer le plus efficacement possible les méandres du système de retraite, ainsi que ceux des soins de santé, de la consommation, de la fiscalité et des politiques sociales.
Le report du départ à la retraite
Le deuxième levier pouvant augmenter l’épargne-retraite d’un particulier consiste à reporter le départ à la retraite. Cette mesure peut prendre différentes formes, qui ne se limitent pas strictement à continuer de travailler au même rythme ou selon la même intensité. Nous devons ici exhorter les employeurs à revoir leurs politiques de ressources humaines sur le plan des horaires de travail et des responsabilités. L’objectif est de les rendre plus souples pour ceux qui n’ont pas les moyens de prendre leur retraite et choisissent de travailler plus longtemps tout en allégeant leur charge de travail pour des raisons de santé, des raisons familiales ou d’autres motifs. Ces participants pourraient ainsi épargner en vue de leur retraite et apporter une contribution réelle à leur organisation, tout en réduisant leurs heures de travail et, potentiellement, certaines des dépenses associées à un emploi (transport, habillement, repas, etc.).
Les séances éducatives mentionnées précédemment, destinées à préparer les employés en vue de leur retraite pour ce qui est des placements, des finances, de la santé et des politiques sociales, pourraient servir à guider les personnes qui ne sont pas prêtes, d’un point de vue fiscal, à prendre leur retraite, en les aidant à trouver une solution de rechange à leur situation d’emploi actuelle (en fonction des politiques RH offertes par leur employeur). Les notions apprises au cours de la première séance (préparation d’un budget, etc.) permettraient aux participants de déterminer un niveau approprié de réduction du revenu (en contrepartie d’un horaire réduit) et le temps nécessaire pour accumuler un capital suffisant pour répondre aux besoins qui ont été cernés.
Ces mesures n’ont rien de révolutionnaire – il s’agit plutôt de tirer parti de ce qui est offert aux retraités en matière de rabais, stratégies fiscales et politiques sociales, et de faire preuve d’imagination à l’égard des responsabilités et des horaires de travail. Il pourrait en résulter des effectifs plus heureux, qui continuent d’être productifs pour leurs employeurs et sont mieux préparés en vue de la retraite.
Becky West, CIMA, est associée et chef de la pratique des régimes de retraite CD à Aon Hewitt.