L’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) a récemment lancé une nouvelle initiative de dépistage du diabète de type 1 à l’intention des proches de personnes déjà atteintes.
Ce projet d’envergure nationale, qui est présenté comme étant unique au Canada, vise à recruter un millier de participants apparentés pour identifier plus tôt les personnes à risque, avant même la manifestation des premiers symptômes des mois, voire des années, après l’apparition de la maladie.
« On a vu une augmentation spectaculaire du risque de développer le diabète de type 1 à l’âge adulte dans les 50 dernières années », a dit l’investigateur principal du projet, le docteur Rémi Rabasa-Lhoret de l’IRCM.
Cela soulève différentes problématiques, a-t-il ajouté, comme celle du diagnostic, puisque les médecins de première ligne ― en supposant bien évidemment que le patient ait accès à un médecin de famille, et donc à des mesures de dépistage ― sont rarement au fait que cette maladie peut survenir chez l’adulte, ce qui pourra engendrer une confusion avec le diabète de type 2 et mener à une prise en charge inappropriée.
« Ça me semble totalement illusoire de se baser sur la première ligne, a dit le docteur Rabasa-Lhoret. Dans la liste des choses qu’un médecin de première ligne a à faire, (le dépistage du diabète de type 1) va être la priorité numéro 25. »
L’initiative Federate Can regroupe notamment des médecins, des infirmières et des chercheurs, et misera sur la vulgarisation et l’accès au public.
L’objectif, peut-on lire sur le site web du projet, est d’« évaluer la faisabilité et l’adhésion à un programme de dépistage précoce du diabète de type chez 1 et du suivi de la progression chez des apparentés du premier degré adultes (mère, père, frère, sœur, enfant) de personnes vivant avec le diabète de type 1 au Québec ».
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune qui détruit les cellules productrices d’insuline, une hormone essentielle qui permet au corps d’utiliser le sucre comme énergie. Il représente environ un cas de diabète sur dix.
Les personnes dont un membre de la famille du premier degré est atteint de diabète de type 1 présentent un risque jusqu’à 15 fois plus élevé d’en souffrir au courant de leur vie.
Ainsi, si le risque moyen d’une personne sans antécédents familiaux de développer la maladie au cours de sa vie est d’environ 0,4 %, il pourra bondir à 4 % si la mère est atteinte, à 7 % si le frère ou la sœur en souffre, et à 9 % si le père est atteint.
Dans la vaste majorité des cas, assure-t-on, un dépistage hâtif de la maladie démontrera que le risque d’en souffrir est très faible. Mais dans le cas contraire, un dépistage précoce pourrait permettre de prévenir des complications graves, comme l’acidocétose diabétique ; d’éviter une hospitalisation et son impact sur l’équilibre du diabète sur le long terme ; et de se former progressivement à la gestion de la maladie « plutôt que de le faire en catastrophe en trois ou quatre jours », a dit le docteur Rabasa-Lhoret.
Le dépistage, qui se fait par une simple prise de sang, est offert gratuitement dans le cadre du projet.
« On trouve dans le sang des anticorps, des marqueurs que quelque chose est en train d’être détruit, a expliqué le docteur Rabasa-Lhoret. Et la recherche a très clairement démontré que dès qu’on a deux de ces quatre marqueurs positifs, le risque sur le restant de la vie de développer le diabète de type 1 est de presque 100 %. »
La recherche montre aussi, ajoute-t-il, que le dépistage, « quand il est bien fait », réduit le risque d’hospitalisation et offre une meilleure qualité de vie au patient « parce qu’on est au tout début de la maladie, qu’il reste encore quelques cellules qui produisent de l’insuline et (…) ça nous permet probablement d’en préserver une partie », du moins pendant quelques années.
Un meilleur contrôle de la glycémie permet ensuite de réduire le risque de dommages à des organes comme les yeux et le cœur, a souligné le docteur Rabasa-Lhoret.
L’initiative s’adresse pour le moment aux individus âgés de 18 à 65 ans qui n’ont jamais reçu de diagnostic de diabète de type 1, mais dont le père, la mère, un enfant, un frère ou une sœur vit avec la maladie.
« On veut 1000 personnes de façon à avoir un bon apprentissage, a conclu le docteur Rabasa-Lhoret. C’est une première étape destinée après ça à être étendue progressivement, idéalement jusqu’à la population générale. »