La place grandissante occupée par les femmes dans de nombreux secteurs d’activité contribue à transformer tranquillement, mais sûrement le paysage de l’investissement au pays et ailleurs dans le monde.
Dans un contexte géopolitique plus tendu et imprévisible que jamais, la présence de davantage de femmes à des postes décisionnels est un atout considérable, a affirmé Roxanne Turcotte, première vice-présidente, investissements inclusifs à BDC Capital, lors d’un panel organisé par CFA Montréal.
« La diversité dans les équipes de gestion apporte un éventail plus étendu de points de vue, une meilleure capacité d’innovation, et donc une plus grande agilité à naviguer en eaux troubles. C’est sûr qu’il y a un vent de face concernant les questions d’équité, de diversité et d’inclusion provenant des États-Unis, mais on doit demeurer convaincu que c’est toujours la bonne voie à suivre. »
Mme Turcotte remarque par ailleurs que les femmes entrepreneures attachent une grande importance aux enjeux d’impact social et de durabilité de leur entreprise, ce qui peut à terme se traduire par de meilleurs résultats.
Myriam Deslandes, vice-présidente, exécution et solutions de portefeuille à La Caisse, abonde dans le même sens. « C’est important d’avoir des femmes à la table de décision, parce que ça rehausse la performance », soutient-elle. Elle cite une étude parue dans le Harvard Business Review qui a conclu que la présence de femmes dans les équipes de gestion entraîne une réduction de la prise de risques inutiles et une plus grande ouverture au changement.
« À La Caisse, 48 % des employés et 43 % des membres du conseil sont des femmes », souligne Myriam Deslandes, qui se réjouit du chemin parcouru à ce chapitre au cours des dernières décennies. « Quand j’ai commencé dans l’industrie financière il y a 20 ans, il y avait très peu de femmes. Beaucoup de mes collègues de l’époque ont décroché et se sont réorientées vers d’autres secteurs, découragées par ce manque de diversités. »
En gestion de patrimoine également la présence féminine se fait de plus en plus sentir, à l’aube du plus grand transfert générationnel de richesse de l’histoire, affirme Anik Lanthier, associée, chef des investissements et gestionnaire de portefeuilles chez Richter. « Avant, dans les familles fortunées, c’est le patriarche qui prenait toutes les décisions. Mais les choses changent, notamment parce que les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Elles sont davantage présentes à la table ».
Elle explique que les femmes tendent à vouloir impliquer les enfants beaucoup plus jeunes dans le processus de gestion de patrimoine, notamment par le biais de programmes d’éducation financière dès l’enfance. « Hériter de plusieurs centaines de millions de dollars est une grosse responsabilité. Les femmes veulent s’assurer que leurs enfants soient prêts. »
Un autre changement important qui peut être en partie attribuable à l’implication grandissante des femmes dans les décisions relatives au patrimoine est la propension des familles fortunées à léguer moins de richesse à leurs enfants.
« Elles vont prévoir des fonds pour la scolarité, les projets entrepreneuriaux ou en cas de maladie, mais elles ne souhaitent plus transférer toute leur fortune sans condition, et sans que leurs enfants aient à travailler. »
Mme Lanthier ajoute que les femmes se soucient beaucoup de l’impact que peut avoir leur argent, d’où le grand nombre de fondations qu’elles créent. « Elles veulent laisser quelque chose derrière elle. »
Malgré les progrès réalisés, des défis subsistent en matière de diversité dans l’industrie financière. « Parfois, il y a parité hommes-femmes en apparence, mais en réalité, c’est une ancienne garde majoritairement masculine qui conserve le pouvoir, note Anick Lanthier. Heureusement les choses changent. Il faut se rappeler que la diversité permet de réduire les angles morts et d’éviter la pensée monolithique. Elle nous permet de gagner en résilience. »