De nombreux employeurs s’interrogent sur la pertinence d’intégrer un CELI aux programmes de rémunération qu’ils offrent à leurs employés. Certains fournisseurs ont tendance à encourager les employeurs à simplement ajouter une option CELI à leurs régimes d’épargne collectifs actuels. Mais une telle décision de rajouter un CELI doit-elle être automatique?

Cette solution peut être judicieuse dans certains cas, mais plus incertaine dans d’autres. Les employeurs qui envisagent d’établir un CELI collectif ont intérêt à en évaluer avec soin la fonction, et à déterminer dans quelle mesure l’intégration d’un tel instrument à leur programme de rémunération actuel est conciliable avec les objectifs d’affaires de leur organisation.

Considérations pour les employeurs
Une première question essentielle est la suivante: à quelles fins le CELI servira-t-il, tant pour l’organisation que pour les employés participants? Devrait-il servir à promouvoir l’épargne-retraite? Ou bien le CELI devrait-il servir à financer d’autres objectifs d’épargne, tels qu’un fonds de réserve pour le coût des soins de santé non assurés, ou une réserve de sécurité pour les mauvais jours ou les achats importants? Enfin, dans quelle mesure ces choix pourraient-ils s’intégrer à votre stratégie de rémunération et à vos programmes d’avantages sociaux actuels?

Les employeurs doivent aussi évaluer les conséquences que pourrait avoir l’offre d’un CELI sur les responsabilités de l’organisation en tant que promoteur de régime. Les lignes directrices pour les régimes de capitalisation s’appliqueront probablement au CELI collectif. Se conformer à ces lignes directrices exigera un cadre de gestion et de gouvernance pour le choix et le suivi des fournisseurs de services et des options de placement, et pour informer adéquatement les participants et leur offrir des outils de prise de décisions. Pour les employés qui ont déjà des choix de placement à faire parmi une gamme complexe de régimes, l’offre d’un CELI exigera un surcroît de communications aux employés et davantage d’outils de prise de décisions afin de leur permettre d’évaluer correctement leurs options et de faire des choix de placement judicieux.

CELI ou REER?
Puisque le CELI peut être utilisé pour répondre à des besoins avant et pendant la retraite, les employés devraient-ils accumuler leur épargne-retraite dans un instrument enregistré tel un REER, dans un CELI ou dans les deux? Pour répondre à ces questions, nous avons analysé et modélisé l’efficacité de ces deux types de comptes afin de déterminer dans quels cas le CELI pourrait être une option privilégiée d’épargne-retraite. La conclusion générale est que si on entend par «plus avantageux» la méthode d’épargne qui permet de maximiser le revenu net de la période combinée des années de service et de retraite, alors le régime enregistré présente de légers avantages par rapport au CELI pour la plupart des employés comme l’illustre le tableau ci-dessous.

L’instrument peut-il satisfaire entièrement au besoin d’épargne-retraite?

Portion de la population active au Canada

Tranche de revenu d’emploi

Avantage à investir en priorité dans le CELI ou le REER

REER

CELI

15%

Moins de 20000$

CELI (minimal)

Oui

Oui

40%

20000$ – 50000$

REER

Oui

Oui

32%

50000$ – 80000$

REER

Oui

Non

8%

80000$ – 130000$

CELI (minimal)

Oui

Non

3%

130000$ – 160000$

REER (minimal)

Non

Non

2%

160000$ et plus

Neutre

Non

Non

Source: Analyse de Towers Perrin

Pour 15% des Canadiens dont le revenu est de 20000$ et moins par année, puisque les retraits du CELI à la retraite n’ont aucune incidence sur le Supplément de revenu garanti (SRG), il peut être plus avantageux d’opter en priorité pour l’épargne-retraite dans un CELI. Néanmoins, pour ce groupe, la nécessité d’investir dans tout instrument d’épargne-retraite est discutable car le revenu de retraite versé par le Régime des rentes du Québec ou le Régime de pensions du Canada, cumulé à la Sécurité de la vieillesse (SV) et au SRG, remplacera plus de 80% du revenu avant la retraite.

Pour 72% des Canadiens dont le salaire se situe entre 20000$ et 80000$, notre analyse démontre qu’ils auront un léger avantage à investir en priorité dans un régime enregistré. Les employés de cette catégorie de revenu d’emploi pourraient estimer plus pratique de se limiter à un instrument d’épargne-retraite enregistré. En effet, les droits de cotisation au CELI étant inférieurs, un employé dont le salaire dépasse environ 50000$ ne pourra atteindre un taux de remplacement de son revenu généralement visé à la retraite en comptant uniquement sur un CELI pour compléter les prestations gouvernementales. En pareil cas, il faudra combiner le CELI à un régime enregistré, une solution potentiellement plus complexe qui ne bonifiera pas le revenu net.

Un groupe relativement restreint de la population active (environ 8%) gagne entre 80000$ et 130000$ par année. Pour atteindre un revenu de retraite cible optimal, ce groupe aura avantage à exploiter d’abord tous ses droits de cotisation au CELI, à cause des dispositions de remboursement de la prestation de SV. En effet, contrairement aux autres régimes enregistrés, les retraits d’un CELI ne réduisent pas les prestations de SV. L’avantage est pourtant minime, car à cet échelon salarial, le CELI ne peut servir à financer qu’une petite portion du revenu de retraite cible.

Quant aux Canadiens qui gagnent plus de 130000$, compte tenu des plafonds de cotisation prévus par la Loi de l’impôt sur le revenu, ils devront investir dans un CELI et dans un régime enregistré pour atteindre un revenu de retraite cible optimal. Pour ceux qui n’ont pas besoin d’utiliser tous leurs droits de cotisation dans les deux comptes, il est légèrement plus avantageux de commencer par optimiser leurs cotisations au régime enregistré. Les sommes résiduelles nécessaires pour atteindre le revenu de retraite désiré pourront ensuite être versées au CELI.

Au-delà d’un certain palier de revenu, la plupart des gens devront verser des cotisations maximales au régime enregistré et au CELI, et investir en plus dans d’autres régimes d’épargne non enregistrés pour atteindre leur revenu de retraite cible. À ce niveau, aucun choix à faire: il faut exploiter le CELI et le régime enregistré à leur capacité maximale.

Souplesse des programmes
Bien que la décision de simplement ajouter un CELI puisse s’avérer judicieuse dans certains cas, les employeurs auraient intérêt à prendre d’ores et déjà le temps de réfléchir à la pertinence d’intégrer un CELI à leur programme de rémunération globale. Ces dernières années, nous avons vu croître considérablement le choix et la souplesse des programmes d’épargne-retraite offerts aux particuliers. Cette tendance découle de la multiplication des régimes de capitalisation offerts par les employeurs, et de la souplesse croissante de ces instruments.

À l’heure actuelle, il est probable que vos employés éprouvent déjà quelques difficultés à comprendre et à apprécier les options d’épargne-retraite qui leur sont offertes, malgré vos efforts pour les informer sur ces programmes et mettre à leur disposition des outils leur permettant de mesurer leurs progrès sur la voie de la réalisation de leurs objectifs de retraite. Il s’agira pour la plupart des employeurs de concilier leurs besoins avec ceux de leurs employés, et de consacrer un peu plus de temps à examiner attentivement les solutions avant de choisir celle qui leur convient.

Gilles Lavoie est conseiller principal et responsable des services de consultation en régimes à cotisation déterminée au bureau de Montréal de Towers Perrin. Il siège également au comité canadien de Towers Perrin sur la consultation en régimes à cotisation déterminée.